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Dans cette section

  • Actualités


  • Résultats du sondage "Utilisation syndicale de l'Internet" mené auprès de 101 répondant(e)s du 7 juin 2001 au 10 septembre 2001
  • Faits saillants du sondage
  • Caractéristiques des répondant(e)s
  • Le questionnaire
  • Tableaux des résultats généraux

  • L'Internet syndicaliste : État des lieux - Numéro spécial de la Chronique de l'Itinérant électronique - 7 juin 2001

  • Censure des sites syndicaux chez TechNip - Extrait de la Chronique de l'Itinérant électronique du 12 avril 2001

  • Le syndicalisme européen se préoccupe résolument des NTIC - Extrait de la Chronique de l'Itinérant électronique du 5 avril 2001

  • Ombrage syndical sur la fête de l'Internet - Extrait de la Chronique de l'Itinérant électronique du 5 mars 2001

  • Syndicalisation du cyber et "cybernisation" du syndicalisme (2000-12-06)

  • Internet et syndicalisme - Un regard historique

  • Un outil à privilégié; la veille informationnelle

  • L'Internet ; des valeurs ajoutées à l'information

  • Une éthique des inforoutes en milieu de travail - La surveillance informatique - Article paru dans le Journal du SFPQ, no 2, juillet 1999

  • Une éthique des inforoutes en milieu de travail - Explosion et implosion des barrières géographiques - Article paru dans le Journal du SFPQ, no 1, février 1999

  • Des points de convergence : Cyberespace et syndicalisme
    Article paru dans le Journal du SFPQ, no 4, décembre 1998

  • Un bref portrait des inforoutes - Article paru dans le Journal du SFPQ, no 3, octobre 1998

  • Internet et syndicalisme

    Syndicalisation du cyber et « cybernisation » du syndicalisme

    par Monique Fréchette - Extrait de la Chronique de l'Itinérant électronique du 7 décembre 2000. Ce texte a aussi fait l'objet d'une contribution aux Troisièmes Assises de l'Internet non marchand et solidaire du samedi, 16 décembre 2000, à Paris

    La syndicalisation des travailleurs et des travailleuses du cyberespace semblait chose peu probable aux yeux des spécialistes de la première génération cybernétique. Toutefois, si la tendance se maintient, nous assisterons à un mouvement de syndicalisation, du moins, chez les gros employeurs. Si l'engouement "freelance" et "jeunes entrepreneurs dynamiques" des premiers arrivants furent les bases argumentaires qui justifiaient les anti-syndicalistes, les mauvaises conditions de travail des salariés des méga-boîtes du cyber provoqueraient aujourd'hui un épuisement et une insatisfaction propice à la syndicalisation.


    Marc Blondel, secrétaire général de Force ouvrière, exprime bien cet état de fait «L’affaire est maintenant réglée. Après les feux d’artifice du départ nous assistons à une remise en ordre dans laquelle les porteurs de capitaux provoquent réorganisations, restructurations, rachats, regroupements. Les valeureux “Don Quichotte”, sympathiques aventuriers, sont repris en main, leur micro-entreprise rachetée dans le meilleur des cas (quand elle n’est pas acculée à la faillite). Les voilà remis à leur place par “l’ancienne” économie.»

    Preuve de ce désenchantement, la semaine dernière, deux cybermagazines nous informaient d'une montée de syndicalisation chez les Américains. Tout d'abord, les Chroniques de Cybérie nous entretenaient de la tentative de syndicalisation chez Amazon.com qui n'est pas le moindre des employeurs dans l'univers cyber. Le fond du désir de syndicalisation reposerait sur l'insatisfaction en termes de salaire, de plan de carrière et de reconnaissance envers les employés. Autre symptôme annonçant la montée du syndicalisme cyber fût l'annonce du dépôt d'une demande en accréditation par des salariés des sociétés de commerce électronique etown.com et de ShopAudioVideo.com.

    Si la syndicalisation chez les Américains ne surprend pas outre mesure, il est peut-être plus étonnant d'apprendre que les travailleurs indiens des nouvelles technologies manifestent de plus en plus le désir d'être encadré par des structures syndicales et internationales. Le 29 novembre dernier, le syndicat international Union Network International (UNI) annonçait la tenue d'une première conférence à Bangalore en Inde (la Silicon Valley indienne). Cette conférence visait à mettre en oeuvre l'organisation de plus de 100 000 travailleurs indiens des nouvelles technologies. L'une des grandes préoccupations des travailleurs indiens concerne l'attraction qu'ont les pays étrangers pour leurs compétences reconnues mondialement et les dangers d'abus par certaines entreprises.

    Profitez du moyen pour frapper plus fort

    Les salariés des nouvelles technologies ont, pour certains, pris conscience du potentiel médiatique de l'Internet. Alors qu'autrefois des actions syndicales pouvaient demeurer relativement inconnues du grand public, s'ils n'avaient pas une ampleur nationale, dorénavant des mobilisations syndicales locales habilement orchestrées sur le réseau des réseaux peuvent déclencher des remous nationaux ou internationaux dont l'impact est encore difficile à estimer.

    On se rappellera le fameux cas des jeunes travailleurs d'UbiSoft maintenant devenu célèbre. Plus récemment, les négociations chez Club Internet ont pris une tournure inusitée. Un travailleur de Force ouvrière a décidé de faire une grève de la faim pour réclamer une augmentation de salaire. Évidemment, la presse cybernétique s'est empressée de médiatiser l'affaire. Ce qui incommode sérieusement l'entreprise qui se voit reléguer au rang des gros méchants. D'autant plus menaçant pour l'entreprise, la section syndicale possède son site Web sur lequel on peut suivre les négociations et avoir le point de vue strictement syndical.

    Si, en soi, les moyens de pression demeurent les mêmes (grève, boycott, ralentissement de travail), c'est l'impact de leur visibilité à grande échelle qui peut faire toute la différence.

    Il est connu que l'entreprise d'aujourd'hui doit soigner son image. La preuve en est les millions de dollars qui sont investis en publicité chaque année. La population est de plus en plus sensible à la gentille entreprise. Les syndicalistes l'ont eux aussi compris. Il n'est donc pas étonnant d'assister à de nouvelles formes de stratégies de négociation qui miseront davantage sur l'image et l'ampleur médiatique pour compter des points.

    Avoir ou non son site chez l'employeur?

    Dans le domaine de l'utilisation des réseaux de l'entreprise pour héberger son site syndical et même utiliser les réseaux de courriers électroniques pour transmettre les messages syndicaux, les opinions divergent beaucoup. Certains syndicalistes prétendent à la légitimité d'utiliser les réseaux d'entreprise sous prétexte qu'il n'y a là rien de plus méchant que l'affichage des bons vieux babillards dans les couloirs. D'autres affichent beaucoup plus de réticence et prônent l'indépendance des sites syndicaux. Quant à l'utilisation du courrier électronique de l'entreprise à des fins syndicales, la manoeuvre peut être risquée si les règles ne sont pas clairement établies.

    Sur le site l'UNSA on trouve une trousse de conseils judicieux pour l'élaboration d'un site Web syndical. Notamment, à la question de l'employeur, l'USA précise «Elle ne doit pas être traitée à la légère, y compris et d'abord pour ne pas donner de prétexte légal à une répression antisyndicale.» L'UNSA ajoute «Rarissimes sont les entreprises où il est admis que le réseau interne puisse être utilisé à titre syndical (et quand c'est formellement interdit par la direction, on s'expose à des sanctions). Il en va de même pour l'utilisation du courrier électronique. Il ne s'agit pas seulement des militants syndicaux, mais de ceux qui pourraient utiliser une adresse professionnelle pour contacter votre site...»

    L'UNSA conseille finalement «Lorsque l'entreprise n'a pas prévu de « règles » permettant d'utiliser les adresses électroniques voire un espace pour héberger un site syndical interne, privilégiez les hébergeurs extérieurs « libres » qui vous fourniront à la fois une adresse pour le site et une adresse électronique au même nom.»

    Par ailleurs d'autres organisations sont plus audacieuses. C'est le cas notamment de l'UNI (Union Network International). L'UNI a lancé une campagne intitulée «Des droits en ligne pour les travailleurs en ligne». Lors d'une conférence internationale, qui s'est tenue à Bruxelles, les 13 et 14 novembre 2000, les syndicats ont demandé qu'il soit mis fin à la surveillance du courrier électronique des travailleurs et que ces derniers aient le droit de contacter leur syndicat depuis leur poste de travail.

    Devant la préoccupations grandissantes des employeurs et les multiples péripéties dans le domaine du "flicage-machine" (voir notre dossier), il n'est pas étonnant d'apprendre que le milieu syndical s'intéresse de plus en plus à cette notion d'utilisation des réseaux informatiques. Les employeurs ont d'ailleurs pris les devants de cette problématique en termes d'information en organisant des conférences telles que "Cybersurveillance de vos salariés" qui aura lieu les 18 et 19 janvier 2001 à Paris. La conférence vise principalement à permettre aux participants de se mettre en conformité avec les dispositifs de contrôle des NTIC et d'envisager des solutions pour prévenir le recours abusif au Web par le personnel.

    Comme le mentionne l'UNSA, l'ouverture des réseaux des entreprises à une utilisation syndicale demeure frileuse. Selon le Monde Interactif, les cas recensés en France ne dépasseraient pas la vingtaine d'entreprises. Cependant, quelques cas font écoles, le Monde Interactif relate le cas de France Télécom qui a signé en septembre dernier une entente avec l'ensemble des syndicats représentés dans l'entreprise relative à l'affichage des syndicats sur son intranet. Chacun d'eux y dispose d'un espace spécifique où il pourra mettre des informations à destination des salariés du groupe, sur un mode « conforme à la réglementation des panneaux d'affichage habituels ». Dans ce cadre, vidéo, diffusion de tracts par messagerie, forums interactifs et cookies sont formellement interdits. Par ailleurs, l'entreprise fournit à chaque organisation syndicale du matériel informatique, l'hébergement et une adresse e-mail.

    Du point de vue syndicale «Des sociétés comme Technip, Atos ou encore France Télécom sont des entreprises qui veulent se donner une image de modernité ; ouvrir leur Internet participe de cette démarche », commente Ivan Béraud, secrétaire général du syndicat Betor-Pub CFDT, qui regroupe, entre autres, les salariés de sociétés de services et de conseil. « D'autant que cela ne leur coûte pratiquement rien », renchérit Serge Chantreuil, membre actif de la section CFDT de Technip, qui vient de négocier avec la direction de l'entreprise un accord de droit syndical étendu à l'intranet.

    Toutefois, France Telecom n'a pas le cote d'amour tous azimuts puisque l'UNI dénonçait, pas plus tard que le 5 décembre dernier, les manoeuvres antisyndicales de sa filiale salvadorienne. France Télécom et son président, Michel Bon, ont été accusés de violer les droits des travailleurs de manière arrogante et flagrante et de ne pas respecter ses engagements.

    Ces accusations ont été portées par Philip Jennings, secrétaire général de l'UNI. Il y a deux ans, l'Organisation Internationale du Travail (OIT) avait condamné la compagnie de télécommunications CTE Telecom du Salvador, contrôlée par France Télécom, ainsi que le gouvernement du Salvador, pour violation des normes internationales du travail et pour avoir licencié à tort des dirigeants syndicaux. Malgré de nombreuses requêtes présentées par UNI, France Télécom a refusé de réintégrer ces dirigeants dans leurs fonctions et de reconnaître le syndicat. L'année dernière, à l'occasion d'une réunion avec des représentants de l'UNI, M. Bon a déclaré que France Télécom respecterait la législation en vigueur au Salvador. Suite à cette déclaration, la Cour Suprême du Salvador s'est prononcée pour la reconnaissance légale du syndicat affilié de l'UNI, SUTTEL, au mois de septembre. UNI apprend aujourd'hui que la compagnie CTE Telecom, contrôlée par France Télécom, fait appel auprès des tribunaux pour faire annuler cette reconnaissance légale du syndicat.

    Dans les faits, l'une des questions que se posent les entreprises serait "Vaut-il mieux faire sans ou faire avec?" Serait-il plus périlleux pour l'image d'une entreprise de laisser le syndicat véhiculé ses informations par l'intermédiaire d'un site Internet ouvert à tous ou de permettre l'utilisation de l'intranet maison, ce qui balise un peu plus la visibilité des informations transmises?

    Mais il semble bien qu'internet ou intranet ne sont pas en voie de devenir la panacée à titre de courroie d'information syndicale. Ivan Béraud de la CFDT Betor-Pub précise à ce sujet «Attention aussi au risque de fracture numérique, car on oublie souvent trop vite que tous les salariés n'ont pas accès à l'intranet ou ont des difficultés avec les outils informatiques ». Monsieur Béraud a d'ailleurs éditer une brochure pour favoriser la négociation dans ce domaine.

    Monique Fréchette

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