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Internet et syndicalismeInternet et syndicalisme : Un regard historique par Monique Fréchette, 15 juin 2000
Eric Lee, un syndicaliste bien connu pour son implication dans le développement de l'Internet syndical, nous offrait, le 9 juin dernier, sa dernière prestation sur le site de Themestream.com,
« How the Internet is changing unions ».
Voici une bien humble tentative de traduction de la première partie de ce document.
Monsieur Lee nous rappelle qu'il y a désormais peu de discussion sur le fait que l'Internet a changé le monde. Ce phénomène est maintenant largement admis, à savoir que l'apparition du réseau des réseaux est un événement comparable à l'invention de la presse. L'Internet a modifié sous plusieurs aspects le monde où nous vivons, incluant comment nous achetons et vendons les choses (des livres à la valeur de nos actions sur le marché). Il a aussi changé comment nous apprenons et enseignons, comment nous nous amusons et nous nous informons. Tous ceux qui utilisent la toile comprennent ceci. C'est une expérience "transformative". Même s'ils ne le réalisent pas encore, le cyberespace change aussi les syndicats. Il est peu un difficile, au début, d'admettre l'idée que les nouvelles technologies de l'information et des communications changent des institutions comme les syndicats. Mais un regard dans le passé indique qu'au 19e siècle, le télégraphe a aussi eu un effet profond sur l'économie mondiale, la culture et les événements, quoique moins évident, qui ont permis l'émergence des syndicats. Le livre de Tom Standage,"The Victorian Internet", relate l'histoire du télégraphe, il raconte la première réunion syndicale "on line" d'une centaine d'employés d'American Telegraph Company travaillant sur les lignes entre Boston et le Maine qui ont, pendant une heure, conduit leurs discussions et même pris des résolutions, le tout en code Morse. Évidemment l'idée du syndicalisme "en direct" (utilisant le code Morse) ne s'est pas propagée au 19e siècle. Mais nul autre que Karl Marx était convaincu du pouvoir de transformation des nouvelles technologies des communications. Dans le manifeste communiste, il a écrit que ce n'était pas les victoires occasionnelles des ouvriers qui étaient le "vrai fruit" de leurs luttes, mais "l'expansion du syndicalisme " des ouvriers. Il écrit "Le syndicalisme est soutenu par les moyens de communication améliorés qui sont créés par l'industrie moderne, et qui placent les ouvriers de différentes localités en contact mutuel. " Les nouvelles technologies des communications créent de nouvelles possibilités pour les syndicats. Au 19e siècle, elles ont rendu le syndicalisme possible ou, du moins, les syndicats ont été en mesure de dépasser un emplacement géographique restreint. Les syndicats nationaux, qui étaient communs vers la fin de ce siècle, auraient été impensables sans économies nationales qui dépendaient à leur tour du télégraphe. Les syndicats internationaux émergeant aujourd'hui, au début du 21e siècle, sont rendus possibles en raison de l'Internet. Mais rien de tout ceci ne s'est produit durant la nuit. Il y a une histoire, remontant à plus de vingt ans, des syndicats qui ont utilisé les premiers réseaux informatiques. Les syndicats internationaux actuellement gérés en réseau globaux ont leurs racines au début des années 80. Avant les années 1981, les ordinateurs individuels étaient les "gadgets" des amateurs (voire des mordus). Quelques amateurs ont même construit les modems qui leur ont permis de transférer des fichiers par les lignes téléphoniques. Vers la fin des années 70, des babillards électroniques avaient été créés. Les syndicats, naturellement, n'ont rien eu à faire avec cette évolution. Ils ont continué à fonctionner avec les vieilles techniques (sans l'aide des ordinateurs) pendant des années, traînant loin derrière les entreprises qui ont largement adopté les ordinateurs individuels dans les années 80 et ont obtenu la transmission en ligne vers le milieu des années 90. Mais, en 1981, une première étape expérimentale eut lieu. Larry Kuehn et Arnie Myers de la Fédération des professeurs de Colombie-Britannique au Canada (BCTF) ont vu une démonstration de la façon dont un modem pouvait fonctionner et en furent très impressionnés. Ils ont présenté les ordinateurs portatifs (pas très portatifs comparativement aux normes d'aujourd'hui) avec des modems et des imprimantes aux dirigeants syndicaux et ont rapidement créé le premier réseau de travail. Bientôt tout l'exécutif du BCTF transmettait à travers la province s'envoyant, en outre, des messages entre eux sur les machines archaïques. Il n'y avait aucune précipitation des imitateurs quoique le projet ait été assez réussi. (le BCTF a survécu à un assaut brutal du gouvernement provincial de droite en partie parce que ses transmissions internes ont permis des réponses rapides et pertinentes.) Vers la moitié de la décennie, un syndicaliste canadien, Marc Bélanger* du Syndicat canadien de la fonction publique (CUPE-SCFP), est parvenu à monter le premier réseau de transmission par paquets dans tout le Canada. C'était non seulement le premier réseau de la sorte créé pour un syndicat, c'était le premier réseau de cette nature créé au Canada, à cette période. Le réseau fut appelé "Solinet", abréviation de "réseau de solidarité". En peu de temps, les centaines de membres du Syndicat canadien de la fonction public (SCFP) utilisaient le seul système de communication de Solinet qui était également le premier au monde à travailler dans les deux langages, anglais et français. Pendant ce temps, le besoin de transmissions bon marché pilotait les Secrétariats européens de commerce international (SES) qui cherchaient des solutions de rechange aux appels téléphoniques et même aux nouveaux télécopieurs. (Les secrétariats de commerce international étaient les organismes représentant les syndicats de branches professionnelles, tels que les professeurs, les ouvriers de la métallurgie, les ouvriers du transport et ainsi de suite.) Par la suite, est apparu le réseau Allemand appelé Geonet et qui a été employé pour transmettre des courriers électroniques et pour installer des babillards en ligne. Les SES pour le secteur chimique, maintenant connu sous le nom de l'ICEM, et la Fédération internationale des travailleurs du transport (ITF) furent des pionniers du développement global de la transmission entre ordinateurs, bien des années avant que la plupart d'entre nous ait été initiés à l'utilisation des ordinateurs individuels, et encore moins l'Internet. Un peu plus d'une décennie après que Kuehn et Myers aient été séduits par l'idée de l'utilisation des modems, une conférence internationale s'est avérée justifiée pour discuter de l'évolution des choses. Celle-ci s'est tenu à Manchester en 1992, et a été accueilli par l'un des plus grands syndicats de la Grande-Bretagne, le GMB. Cette conférence de Manchester et la suivante en 1993 ont reçu parmi leurs invitées tous ceux qui avaient été impliqués, comprenant Kuehn, Bélanger, et les Européens, tels que Jim Catterson de l'ICEM et Richard Flint de l'ITF. Poptel, une coopérative d'ouvriers avait été lancé au Royaume-Unie pour aider à coordonner le travail, et un groupe rival aux ÉtatsUnis, IGC Labornet, avait commencé à intégrer les syndicats américains en réseau. Pendant plusieurs années les deux systèmes, Geonet et IGC, ont existé côte à côte, incapable de communiquer entre eux, la rivalité des fournisseurs de services en ligne existaient déjà pour ces quelques syndicalistes. Après ces premiers balbutiements de mise en réseau des syndicats est arrivé l'événement qui devait tout bouleverser. Grâce à la création du navigateur de Mosaïque en 1994, l'Internet fût créé (le navigateur de Mosaïque est le précurseur du Netscape Navigator.) Aujourd'hui, des millions d'individus sont branchés à l'Internet. Plusieurs millions d'entre eux sont des syndicalistes et des milliers de syndicats ont leur site Web et ont commencé à utiliser l'Internet comme outil de base de transmission. Par coïncidence, plusieurs des pays ayant le rythme le plus élevée de pénétration de l'Internet, telle que la Finlande, la Suède, le Danemark et la Norvège, sont aussi des pays avec le taux le plus élevé dans l'adhésion syndicale. Ainsi le pourcentage des utilisateurs Internet qui sont des syndicalistes est fort probablement très haut, et il n'est pas déraisonnable de suggérer qu'il y ait actuellement des dizaines de millions de syndicalistes en ligne. * Note : À ce jour Marc Bélanger est toujours webmaster du site du SCFP. Larry Kuehn est, lui aussi, toujours actif au sein de la BCTF. Une autre production récente d'Eric Lee "Why a website is not an online magazine"
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