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  • Une éthique des inforoutes en milieu de travail - La surveillance informatique - Article paru dans le Journal du SFPQ, no 2, juillet 1999

  • Une éthique des inforoutes en milieu de travail - Explosion et implosion des barrières géographiques - Article paru dans le Journal du SFPQ, no 1, février 1999

  • Des points de convergence : Cyberespace et syndicalisme
    Article paru dans le Journal du SFPQ, no 4, décembre 1998

  • Un bref portrait des inforoutes - Article paru dans le Journal du SFPQ, no 3, octobre 1998
  • Internet et syndicalisme

    Une éthique des inforoutes en milieu de travail
    Explosion et implosion des barrières géographiques

    par Monique Fréchette
    Article paru dans le Journal du SFPQ, no 1, février 1999


    Le cyberespace, comme tout nouveau territoire, doit se définir socialement. Sa population, qui est avant tout composée d'une main-d'oeuvre qui soutient sa structure pour le bien-être de ses utilisateurs et ses utilisatrices, a le droit d'établir et de réclamer le respect d'une éthique sociale qui lui est propre. Voici l'un des enjeux majeurs qui interpellent les syndicats et leurs membres. Quelles sont les questions éthiques qui sont propres aux inforoutes comme territoire de travail ?


    L'éthique sociale, c'est ce qui fait en sorte que, comme collectivité, nous accepterons un comportement ou nous le rejetterons. Pour concrétiser et baliser notre éthique, notre sens moral collectif, nous avons toute une structure législative qui nous permet de sanctionner les comportements des individus. C'est ainsi que, dans nos conventions collectives, nous retrouverons des règles qui interdiront aux employeurs et aux personnels certains comportements considérés comme moralement inacceptables. Les règles, qui interdisent et sanctionnent le harcèlement sexuel en milieu de travail, sont un bel exemple de la concrétisation d'une pensée éthique. Dans cet esprit, on peut se poser les questions suivantes au sujet des inforoutes en milieu de travail : que pourrait être l'éthique qui se rattacherait à l'utilisation des inforoutes ? Quels nouveaux comportements nécessitent que nous nous questionnions sur nos valeurs morales comme travailleurs et travailleuses du cyberespace ? Nos organisations syndicales, nos gouvernements et nos employeurs ont-ils un rôle à jouer face à une éthique des inforoutes ?

    Le cyberespace amène dans son sillage de nouveaux phénomènes directement liés au travail et il en amplifie certains autres. On peut tenter de les regrouper sous trois grands thèmes à caractère éthique : l'explosion et l'implosion des barrières géographiques du travail, la surveillance et l'inconduite numérique, la désyndicalisation et l'augmentation du travail autonome.

    L'explosion des barrières géographiques

    L'explosion des barrières géographiques du travail est un important phénomène des inforoutes. Il provoque un mouvement international des emplois. Le boulot qui était autrefois effectué sur un territoire couvert par une même législation du travail, par exemple le Québec, se retrouve éparpillé dans différents pays où les règles du jeu diffèrent de l'un à l'autre. Les emplois générés par l'utilisation des inforoutes, qui sont déjà les moins payants, les plus précaires et majoritairement occupés par des femmes, migrent vers des pays où les législations et la syndicalisation sont moins contraignantes ou totalement absentes. Les pays asiatiques comme la Chine ou l'Inde sont actuellement des territoires privilégiés de ce mouvement. Ce phénomène n'est pas unique à l'entreprise privée puisque déjà le gouvernement fédéral canadien a transféré à l'étranger la gestion de banques de données informatiques.

    Du point de vue éthique, plusieurs questions se rattachent à ce seul phénomène. Est-il moralement acceptable qu'une entreprise accorde des conditions de travail différentes pour un même emploi, effectué dans les mêmes temps mais dans des pays différents ? Possédons-nous une réelle légitimité à vouloir conserver nos emplois alors que la population de pays plus pauvres en a, elle aussi, besoin ? Comment partager une vision commune de ce qui est moralement acceptable sur le plan du travail avec des individus de cultures différentes de la nôtre comme les Asiatiques, les Africains ou Africaines, par exemple ? Soyons réalistes ! Sans compter que la seule notion de l'équité salariale est encore l'objet de litige chez-nous!

    Malgré la distance physique qui nous sépare, les inforoutes lient maintenant notre sort aux travailleurs et aux travailleuses du monde entier. Si nous n'exigeons pas que la main-d'oeuvre des pays les plus pauvres bénéficie des mêmes droits que nous, nous verrons nos emplois migrer vers ces pays. Nous assisterons alors à un appauvrissement des travailleurs et des travailleuses qu'ils soient du Sud ou du Nord. Le dilemme éthique est de taille entre la tentation d'un protectionnisme national et l'exigence d'une équité internationale.

    L'implosion des barrières géographiques

    À l'échelle nationale, la délocalisation du travail par l'apparition du travail à domicile, que nous pouvons qualifier d'implosion des barrières géographiques, pose aussi certaines questions éthiques. Jusqu'où devrions-nous permettre à l'employeur d'exercer une surveillance de nos activités de travail maintenant intégrées à notre vie privée ? Alors que famille et travail se retrouvent dans un lieu commun, l'intrusion de l'employeur dans nos vies privées est fortement à craindre. Ce mouvement du travail vers le domicile de l'employé profite en premier lieu à l'employeur qui y fera l'économie d'espace de bureau, de frais d'équipements et de main-d'oeuvre. En plus de favoriser la précarité et l'isolement des travailleurs et des travailleuses par l'augmentation de la sous-traitance, l'employeur semble vouloir pousser l'indécence jusqu'à réclamer d'avoir un regard sur notre vie privée qui se juxtapose maintenant dans un même lieu à nos prestations de travail.

    Beaucoup d'autres questions se posent, cependant, devant ces quelques interrogations, nous pouvons déjà conclure que les inforoutes risquent de devenir l'outil de l'asservissement au seul pouvoir économique d'une main-d'oeuvre à bon marché, fragile et isolée. En ce sens, les objectifs des syndicats de la nouvelle génération ne devraient pas être étrangers à l'établissement d'une éthique sociale des inforoutes. L'éthique cybernétique, au-delà des notions philosophiques, devra prendre forme dans des lois et des règlements qui régiront nos sociétés informatiques ainsi que les droits et libertés de leur nouvelle main-d'oeuvre.

    Monique Fréchette

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