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Les clauses « orphelin » au Québec« Orphelin » de France(Extrait de la Chronique de l'Itinérant électronique du 8 octobre 1998 - par Daniel Pesch) Les clauses « Orphelin », qui alimentent les éditos de l'Itinérant depuis quelques temps, ne sont pas l'apanage exclusif du Québec. La France, comme l'a justement indiqué la Chronique, notamment au travers du cas d'Air France, connaît aussi, ce type de régression réactionnaire. La négociation (qui fut d'ailleurs très compliquée et assez particulière - il s'agissait d'une négo menée de front avec l'intégration d'Air Inter, compagnie française de vols intérieurs, au sein d'Air France) qui s'est déroulée à Air France n'est pas isolée et n'est que la petite partie visible de l'iceberg. Des négociations de ce genre ont déjà eu lieu dans d'autres entreprises où elles ne furent, d'ailleurs, pas forcément couronnées de succès. Il y a encore des résistants dans ce Pays. Mais nos patrons cherchent partout de nouvelles brèches où s'engouffrer : pour le moment beaucoup de boîtes tentent de négocier des accords particuliers pour les classes rentrantes de jeunes travailleurs. Ces jeunes sont alors engagés à des conditions de salaire inférieures aux Conventions Collectives ou aux accords d'entreprises et perdent souvent un nombre appréciables d'avantages acquis de haute lutte par leurs aînés (13ième mois, congés supplémentaires, primes diverses, protection contre les licenciements abusifs, etc...). Parfois, et c'est le plus surprenant, des accords de ce type sont signés par certaines organisations syndicales (pas les plus puissantes ni les moins scélérates). Dans d'autres cas, les patrons négocient directement avec les travailleurs les plus fragilisés par la crise, qui n'ont pas de culture syndicale, ne connaissent pas les Conventions Collectives ni le Code du Travail ; sont alors signés des contrats de travail contraires à toutes les règles les plus élémentaires du Droit. Certes, ils n'ont aucune valeur, mais qui les contestera ? Un jeune qui est choisi parmi 3 millions de personnes sans travail est trop content d'être embauché pour y trouver à redire. Les regrets viennent après... Et alors : "Au secours, où est le délégué syndical ?"
Le ministère du travail, toutes tendances confondues, qui connaît ces
pratiques depuis des années, fait la sourde oreille. Il n'est pire sourd
que celui qui ne veut entendre. Il a même tout au long de ces 15
dernières années, sous couvert de la lutte contre le chômage, concocté
toutes sortes de recettes pour, soi-disant, faciliter l'embauche des
jeunes. Un tas de règles, décrets, lois, notes et recommandations
diverses ont permis ou permettent encore l'embauche de jeunes (et de
moins jeunes...) à des conditions qui font penser à ce qui se faisait à
la fin du 19è siècle. De plus, certains de ces dispositifs donnent lieu
à des aides financières de l'État. Les types de contrats issus de ces
diverses règles et lois ont des noms très évocateurs : On ne peut pas dire que ce résultat soit celui qu'espère notre ministre du Travail (Martine Aubry fait par ailleurs du bon boulot), mais il s'agit d'effets pervers auxquels les réglementations ont donné le jour et qu'elle a du mal à remettre en ordre. Il y en a trop, le choix est grand pour le patronat et une remise à plat serait un très gros travail. Pour l'instant, elle a d'autres chats à fouetter. Il faudra cependant que quelqu'un s'y attelle, un jour ou l'autre. Une autre perversité de ce système : arrivés en milieu de carrière ( plus ou moins 50 ans), les anciens commencent à coûter cher aux entreprises. Ils ont accumulé les années d'ancienneté, monté les échelons et les degrés de la courbe des salaires, bref ils deviennent encombrants. Des textes existent qui permettent aux entreprises de leur proposer des préretraites : c'est le meilleur des cas. Le pire : on cherche la faute lourde, on soumet le salarié à la pression des notes de services, des tâches si nombreuses qu'il n'arrive pas a éponger son boulot, puis viennent les petites (puis grosses) remarques sur son rendement, on l'isole par des moyens divers de ces collègues de travail, etc... Au bout d'un moment, soit il craque et il s'en va, soit on trouve une faute quelconque et il est viré. Aussitôt, on embauche un jeune au quart du prix (voir plus haut...). Mais c'est là, à mon avis (et je l'espère un peu - beaucoup), que les grosses entreprises vont déchanter dans quelques années. C'est peut-être un point de vue un peu romantique, mais j'y crois. Lorsque l'ancien titulaire d'un poste ne peut transmettre le savoir et l'expérience, qu'il a acquis tout au long des années passées, à celui qui va le remplacer, celui-ci ne peut pas être efficace rapidement et ensuite va devoir mettre en place de nouvelles méthodes de travail. Il va aller à la pèche aux tuyaux chez les collègues, il va perdre beaucoup de temps et en faire perdre aux autres. Résultat : perte de productivité pendant ce temps d'adaptation plus ou moins long. Dans des métiers faisant appel à des techniques complexes et ou un savoir-faire est indispensable, celui-ci disparaît petit à petit. Le client n'est plus satisfait des produits de l'entreprise et essaie de trouver ailleurs ce qu'il recherche. C'est là que se trouve, à mon sens, l'avenir des petites et moyennes entreprises : reprendre à leur compte ces travaux à forte valeur ajoutées par les salariés. Mais en attendant que nos dirigeant s'en rendent compte, beaucoup d'eau peut passer sous les ponts. De plus, pour l'instant ils sont bien trop occupés à essayer de comprendre pourquoi l'économie ultralibérale et mondialisée a des ratés. Certes, depuis le temps que cela dure (la chute du bloc de l'Est) ils sont encore tout bénéfice pour le moment, mais pour combien de temps encore...? Bien sûr, il n'était pas souhaitable que la dictature du peuple (mon oeil !) continue encore longtemps. Mais lorsqu'on voit ce qu'est devenue la Russie en si peu d'années ! Les pauvres Russes, auxquels on a fait prendre des vessies pour des lanternes, doivent se bouffer les doigts (d'ailleurs, ils n'ont plus que ça à se mettre sous la dent) d'avoir fait confiance au grand capital. Tout cela pour dire que la solution est probablement quelque part à mi-chemin entre ces deux solutions économiques extrêmes. Mais quelle nation, quel dirigeant, quel mouvement politique arrivera à mettre en oeuvre un programme allant dans ce sens ? Je vous laisse méditer sur tout cela... A bientôt,
Daniel Pesch,
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