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Amérique latine - Situation de la main-d'oeuvre

Ce dossier contient une sélection de textes sur la situation des travailleurs et des travailleuses en Amérique latine. Aussi vous y trouverez des informations sur les actions citoyennes et syndicales concernant les accords commerciaux de l'Aléna, la ZLÉA et le Mercosur.



Nicaragua : le sandinisme n'est plus ce qu'il était

Un texte de Brigitte Verdière, 3 octobre 2001


À la tête du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), l'ancien président de la république, Daniel Ortega, est donné gagnant, dans les sondages, des élections présidentielles qui se dérouleront le 4 novembre 2001 au Nicaragua. Mais le projet sandiniste est une pâle copie de ce qu'il fut dans les années 70.


Il y a de la désespérance. La faim, le manque de ressources, les inégalités sociales, la corruption du pouvoir. Cet été, en plein mois de juillet, fuyant la sécheresse qui s'est abattue sur les exploitations de café, dont les prix sur les marchés internationaux n'ont jamais été aussi bas depuis la crise des années 30, des milliers de salariés agricoles se sont retrouvés sur les routes.

Les prix du café au plus bas

Ils se sont d'abord rendus à la ville de Matalgapa. Puis 12.000 d'entre eux ont marché jusqu'à la capitale, Managua, pour demander des mesures au Président de la République, Arnoldo Aleman. L'installation devant son palais d'un millier de ces miséreux a sorti le Président de sa réserve. Il a promis de relocaliser les paysans sur des terres d'État, à l'est du pays.

Cet été, alors que des enfants mouraient de faim sur la place publique de Matagalpa, M. Aleman, avait refusé de subventionner les " cafelateros ", arguant que les prix de plusieurs produits agricoles (haricots rouges notamment) étaient supérieurs à ceux de l'année précédente.

Ortega populaire malgré les critiques

En juillet toujours, Daniel Ortega tenait un grand meeting à Managua. Des milliers de personnes y ont assisté, en provenance des régions. Mais le Front a beaucoup changé. Certes, Daniel Ortega a encore beaucoup de charisme mais tous ceux qui ont participé au premier gouvernement sandiniste l'ont lâché.

Les poètes et prêtres Ernesto et Fernando Cardenal, l'écrivain Sergio Ramirez et Dora Maria Tellez, qui était entrée la première, les armes à la main dans Managua en 1979, ont claqué la porte en 1994, l'accusant d'avoir manipulé les élections qui l'ont désigné au secrétariat général du parti. De l'équipe de départ, ne reste que Tomas Borge.

Dans sa lettre de démission, Ernesto Cardenal évoquait le " despotisme, verticalisme, la direction autoritaire " de Daniel Ortega. Le secrétaire du FSLN est aussi accusé par sa belle-fille adoptive, Zoilamérica Narvaez, de harcèlement sexuel depuis qu'elle a l'âge de 11 ans.

Face à lui, Enrique Bolaños, du Parti libéral constitutionnaliste (PLC) jouit d'une certaine popularité. Il est soutenu par le président actuel, Aleman, qui jouira, certainement, d'une retraite très confortable. La corruption a atteint des niveaux inégalés sous sa présidence. " Elle est pire que sous Somoza ", dit Pubar, un proche d'Aleman qui l'accuse d'avoir accumulé 250 M$US en quatre ans de pouvoir. La Commission parlementaire contre la corruption a été saisie pour examiner cette situation.

Mouvements sociaux ponctuels et conflits latents

Malgré ce tableau peu encourageant pour l'avenir, les mouvements sociaux se sont succédé depuis le début de l'année, alimentés par l'inflation qu'ont générée les premières mesures d'ajustement structurel imposées par le FMI et la Banque Mondiale. Les deux organismes ont accepté, en décembre 2000, le principe d'intégrer le Nicaragua dans le Programme d'allégement de la dette pour les pays pauvres très endettés. Avec plus de 6500 M$ US de dette externe, le Nicaragua consacre plus de 40 % de ses revenus d'exportation au paiement de la dette.

En février, la Coordination nationale de transport et l'Union régionale du transport collectif (URECOTRACO) ont déclenché une grève à Managua, suite à l'annulation des subsides aux combustibles.

L'Association des travailleurs des bananeraies a porté plainte contre six entreprises nord-américaines pour usage de pesticides nocifs pour la santé des travailleurs. Se fondant sur des pratiques menées de 1968 à 1983, elle a démontré que les 4.000 travailleurs concernés souffraient de cancers, d'infertilité, de pertes de chevaux, maux de tête, etc. La Cour suprême de justice leur a donné gain de cause, condamnant les compagnies à leur verser plus de 100 M$ US.

Parmi les conflits sociaux épineux, il y a les litiges sur la possession des terres et des propriétés industrielles qui appartenaient au dictateur Somoza. Nationalisées en 1979 par le FSLN, elles ont été remises à des coopératives paysannes. Les anciens contre-révolutionnaires en réclament leur part depuis la défaite des sandinistes en 1990.

Enfin, existe un contentieux avec le Costa Rica. Le voisin du sud, qui jouit d'une relative prospérité et stabilité, tente d'endiguer le flux de Nicaraguayens qui passent la frontière clandestinement pour se placer comme ouvriers agricoles, domestiques ou sur les chantiers de construction. Il avait même entamé la construction d'un mur à la frontière.

Brigitte Verdière
3 octobre 2001

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