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FSM 2003 et les syndicats

Voir aussi :

  • Les syndicats et le Forum social mondial
  • Situation des travailleurs en Amérique du Sud

  • Les hyperliens utiles :

    La mondialisation dans tous ses États - Extrait de la Chronique de l'Itinérant électronique - 27 janvier 2003


    Faire appliquer les codes de bonne conduite dans les maquiladoras - Un texte de Brigitte Verdière envoyée spéciale de Cybersolidaires à Porto Alegre


    Retour sur Porto Alegre

    par Brigitte Verdière, journaliste pour Cybersolidaires au FSM 2003, publié le 6 mars 2003.

    Un gros contingent de syndicalistes du monde entier était présent à Porto Alegre pour évoquer ce que devrait être un monde où les droits des travailleuses et des travailleurs sont pleinement respectés. Quelques échos des débats en cours.

    Impossible de suivre tous les débats, d’assister à toutes les discussions ou tables rondes. Avec cinq axes de discussions, des dizaines de conférences, rencontres, plus de 1200 ateliers, le troisième Forum social mondial avait de quoi offrir. Trop même, surtout si l’on disposait de peu de temps et d’une multitude de centres d’intérêt.

    Les syndicats étaient bien représentés. C’est dans ces salles-là que j’ai, sans aucun doute, le plus entendu parler français. Ainsi du débat sur les normes du travail. Jean-Claude Javillier était là, au nom de l’Organisation internationale du travail (OIT). « C’est sur le droit, avec le droit que l’on construit la liberté, et une liberté fondamentale est le droit syndical », a-t-il dit. Les normes sont universelles, mais certaines sont fondamentales, d’autres techniques. Mais certaines revendications ne font pas l’unanimité parmi les juristes, a-t-il rappelé, comme le label social, les codes de bonne conduite, imposés aux entreprises dans leurs relations avec les pays du Sud. « Cela crée des espaces de droit privé là où le droit public doit s’imposer. Ce sont des gadgets qui ne feraient qu’affaiblir le mouvement syndical, a estimé un syndicaliste européen, s’en prenant ouvertement à une déléguée de la Fédération internationale des droits de l’homme. Celle-ci expliquait comment son organisme a construit un code de bonne conduite avec le distributeur Carrefour, et a lancé une plainte contre Total Finna-Elf sur la présence de la pétrolière en Birmanie.

    Ce débat était aussi là à la table ronde sur maquiladoras. Mais l’action conjuguée des différentes forces de résistance y est apparue positivement.

    Une nouvelle classe de travailleurs

    Cette table ronde a réuni un public essentiellement hispanophone. Les intervenants (AFL-CIO et le Conseil latino-américain en sciences sociales – Clacso, de Mexico) ont rappelé que les travailleuses et les travailleurs des maquiladoras se sont d’abord battus seul-es, les syndicats officiels hésitant à se lancer dans des luttes dans ce type d’entreprises. « C’est difficile, et ce n’est pas payant », commente Jeff de l’AFL-CIO. Néanmoins, ces dernières années, les choses ont évolué. Les mouvements étudiants états-uniens se sont engagés dans la défense des droits des travailleuses et des travailleurs. Les ONG ont suivi, beaucoup plus que les syndicats locaux. Avec l’appui international, a émergé « une nouvelle classe de travailleurs, dans un cadre de transition forcée à la mondialisation. » Cette classe s’appuie sur sa capacité de résistance et de rébellion, elle-même suscitée par la discipline exigeante de l’entreprise.

    « Au Mexique, il y a des programmes de formation de travailleurs, de syndicalistes. Les luttes sont nombreuses. Tous les jours, il y a des arrêts de travail dans les maquiladoras. Ils sont suivis de répression.

    Le Web est un autre outil sur lequel les travailleuses et travailleurs comptent pour mobiliser. Durant la période de questions, une feuille circule parmi les participantes et participants. Nous sommes invitées à y inscrire nos courriels. Une avalanche de messages peut faire basculer une lutte, lui donner une dimension internationale, insiste un travailleur bolivien. Jeff cite des manifestations qui ont eu lieu dans 25 villes mexicaines, mais aussi à Londres, à Séoul, lors de la répression dans une entreprise Nike au Mexique. « La firme elle-même a demandé au gouverneur de la province de respecter le syndicat. » Il y a eu des actions similaires en Corée, à Taïwan, au Cambodge, en Thaïlande, après la répression d’un mouvement syndical dans une entreprise coréenne implantée au Salvador.

    Néanmoins, beaucoup reste à faire « si l’on veut conscientiser les travailleurs des pays riches, et les rendre solidaires de ceux du sud. Malheureusement, cela vient souvent quand leur entreprise ferme », commente Enrique de la Garza, du Clacso.

    Les maquiladoras créent des emplois là où elles s’implantent, mais elles ne créent pas de croissance qualitative : leur production est exclusivement tournée vers l’exportation. La productivité y st élevée, les produits de qualité, « sinon ils ne se vendraient pas à l’étranger ». Mais les entreprises s’installent, exploitent, puis s’en vont. « Nous voulons réformer ce modèle, dit Enrique, en articulant les maquiladoras au marché local. On pourrait vendre la production localement. Il faudrait aussi créer un réseau international de consommateur pour mieux agir sur les prix. »

    Ceci serait un premier pas. Certes, cela ne s’attaque pas à toutes les facettes du problème, notamment la situation des femmes qui travaillent à domicile, pour un salaire de misère, chacune isolée chez elle, ne connaissant que l’intermédiaire local venu leur commander le travail.

    Un autre Mercosur est possible

    L’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay ont constitué le Mercosur, une alliance régionale qui prévoit la consolidation des échanges commerciaux et douaniers. Le Mercosur compte 214 millions d’habitants ; 70 millions d’entre eux vivent dans une situation de pauvreté. Ces dernières années, les investissements publics ont diminué, notamment dans l’éducation. Le nombre de conflits sociaux, les occupations de terres ont augmenté. La répression policière aussi, ce qui fragilise la démocratie.

    Le Mercosur doit être privilégié à la ZLEA, estiment huit organisations syndicales réunies au sein de la Coordination des centrales syndicales du Cône Sud. Ces syndicats, qui représentent environ 20 millions de travailleurs distribuaient une brochure reprenant les décisions adoptées les 5 et 6 décembre 2002 à Brasilia : « Pour un autre Mercosur, avec de l’emploi pour tous. » Ce texte milite en faveur d’une plus grande souveraineté nationale, battue en brèche par les diktats des organisations financières mondiales et la domination du marché par les transnationales. Ces politiques ont eu un effet direct sur l’emploi. A l’heure actuelle, l’on compte 94,5 millions de travailleurs. Sur ce nombre, 66,6 millions ont un emploi mais seulement 28,8 millions jouissent de droits sociaux ; 37 millions travaillent à leur compte ou sont sous-employés dans l’économie informelle.

    La Coordination exige :

    Droits sociaux et du travail : la libre circulation des travailleurs, qui bénéficieraient d’une Charte de droits sociaux ; une intégration des frontières ; l’éradication du travail des enfants ; des systèmes d’inspection du travail ; le renforcement des instruments de promotion des droits des travailleurs ; l’effectivité du travail de l’Observatoire du marché du travail.

    Économie et production : l’harmonisation fiscale des différentes politiques afin de ne plus pénaliser la production et le commerce et assurer une distribution des profits ; croissance du marché interne en vue de faciliter le crédit et les investissements ; réaliser l’union douanière ; intéresser l’entreprise privée ; développer la production industrielle, agricole et agro-industrielle en donnant aux petites entreprises industries les moyens d’obtenir des crédits et d’attirer des investissements ; favoriser les mesures créatrices d’emploi, en s’attaquant notamment à l’inflation, aux impôts trop lourds ; mieux répartir les richesses ; former la population en lui assurant les services de base (santé, éducation) ; créer un fonds régional d’appui aux sans emploi ; pousser les fonds de pension à investir prioritairement dans le Mercosur.

    Structure institutionnelle : la Confédération doit renforcer sa structure. Tous les thèmes précités seront pris en charge par la Commission des politiques productives et de l’emploi. Il faudra créer une Commission des politiques sociales et de l’environnement.



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