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Amérique latine - Situation de la main-d'oeuvre

Ce dossier contient une sélection de textes sur la situation des travailleurs et des travailleuses en Amérique latine. Aussi vous y trouverez des informations sur les actions citoyennes et syndicales concernant les accords commerciaux de l'Aléna, la ZLÉA et le Mercosur.



Les agitations sociales en Bolivie, soubresauts d’un pouvoir sans imagination

Un texte de Brigitte Verdière, 18 décembre 2001


La culture de la coca a, une fois encore cet automne, été au coeur des conflits entre les paysans du centre de la Bolivie et leur gouvernement. Mais la situation économique désastreuse, les mesures anti-sociales prises à répéptition par le gouvernement sont aussi en cause. Le nouveau président, Jorge Quiroga, n’a apporté aucune solution neuve à une crise ancienne.


Chaque semaine apporte, en Bolivie, son lot de grèves et manifestations. En cette seconde semaine de décembre 2001, les professeurs, les camionneurs, les travailleurs du secteur de la santé se mettaient en grève essentiellement pour des raisons salariales.

Devaient suivre : les producteurs de coca (cocaleros) et ceux que l’on appelle « la génération sandwich », des travailleurs à la retraite, pénalisés par la réforme de la Caisse des pensions.

Coca « zéro », l’option invivable

Le conflit avec les producteurs oppose le gouvernement et ses alliés nord-américains aux petits producteurs de coca, qui réclament le maintien d’une zone de culture pour leur production personnelle (1 livre par semaine), soit 12.000 hectares au total. Signataire du plan anti-drogue conclu à Carthagène, en 1990, sous l’égide des États-Unis, la Bolivie a repris l’option « zéro coca » sous le nom de « Plan dignité ». Elle vise l’éradication totale de la coca, essentiellement dans la région tropicale de Chapare, comprise entre Cochabamba et Santa Cruz.

Même s’ils ne sont que les « petites mains » de trafiquants de gros calibre, la culture de la coca rapporte plus aux paysans que tout autre production. Mais le climat qui règne est « de terreur permanent », les paysans redoutant « d’être arrêté en possession d’une grande quantité de coca et d’être jugé pour trafic de drogue », selon le site Chroniques Nomades.

Tous les plans de reconversion de terres agricoles vers des cultures alternatives (ananas, bananes, pâturages) ont échoué. Fin novembre, lors de négociations tenues avec le gouvernement, le député Evo Morales, représentant des cocaleros, a souligné, au vu du passé, le « profond manque de confiance » des cocaleros dans les promesses gouvernementales. De plus, la reconversion qui a eu lieu s’est faite dans un climat de terreur.

Ingérence internationale

Dans un rapport à la Commission des droits de l’homme de l’ONU de 1996, l’on pouvait lire que le problème de la Bolivie était « l’ingérence de la communauté internationale dans l’administration de la justice par le biais de mécanismes d’interdiction et de programmes d’éradication de la drogue ».

Les mesures prises (épandage de produits chimiques) ont effectivement détruit les cultures de coca et de pavot, mais aussi les cultures de subsistance, indique l’Observsatoire géopolitique des drogues.

Cette ingérence est aussi économique. Les mesures libérales, soutenues par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) ont appauvri la population : le revenu moyen par habitant tourne autour de 800 $US annuels.

Pour payer une dette dont le service atteint quelque 30 % des exportations, le gouvernement sabre dans les dépenses sociales. S’y est ajoutée, cette année, une sécheresse sans précédent qui a décimé cultures et bétail.

La Bolivie pourrait compter, pour se redresser, sur l’exploitation de gisements pétroliers et gaziers. Mais elle se fera au profit des grandes compagnies étrangères.

Réformes nécessaires

Mais il faudrait surtout, estiment les spécialistes, une réforme en profondeur du système judiciaire, qui s’attaque à la corruption et aux narco-trafiquants. En 1998, l’argent de la drogue représentait 75 % des devises entrant dans le pays.

En juin 2001, le président Banzer, un ancien dictateur élu président de la république en 1985, avec comme mots d’ordre « ordre, paix et travail » (!), a démissionné pour raisons de santé. Le vice-président Jorge Quiroga l’a remplacé. Des élections présidentielles auront lieu en août 2002.

En juin toujours, l’Église catholique a suscité la signature d’un « Acte d’entente » avec les partis politiques, les syndicats, des entrepreneurs privés et d’autres organisations, qui vise à garantir des « élections propres » en 2002. Il réclame aussi une réforme constitutionnelle avec participation citoyenne afin de mieux lutter contre la corruption.

Violence endémique

Les manifestations de l’automne ne sont qu’une des nombreuses actions développées par les mouvements populaires ces derniers mois.

Les communautés autochtones Aymara de l’Altiplano sont au coeur des luttes. Malgré la reconnaissance de leurs droits dans la Constitution, toujours selon le rapport à l’ONU, de nombreux autochtones sont « victimes de pratiques esclavagistes, allant de l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants au travail servile, voire même au servage. »

Ce rapport dénonçait aussi les violences commises par les forces de l’ordre lors de manifestations, la répression envers les syndicats, l’exploitation des enfants au travail, les conditionds de détention, l’inégalité dont sont victimes les femmes, etc. Toutes ces dénonciations restent d’actualité.

Solution impossible

Les manifestations s’accompagnent en effet du blocage des routes et autroutes ; elles sont soutenues par des grèves des transports en commun, des occupations de terres ou d’autres lieux stratégiques.

Généralement, le pouvoir commence par riposter par la force. Il y a eu de nombreux morts lors d’affrontements entre les paysans, les travailleurs et l’armée et la police, particulièrement avec l’unité mobile de patrouille rurale (UMOPAR). Ensuite, il négocie, fait quelques concessions, qui restent lettre morte, ce qui entraîne de nouvelles manifestations.

Ainsi, en mars 2000, le Comité de défense de l’eau et de l’économie familiale, la mairie et le Comité civique de Cochabamba ont obtenu l’annulation d’un contrat par lequel la ville de Cochabamba concédait l’exploitation de la distribution de l’eau à une compagnie hollandaise. Il a fallu des actions de rue pour que l’annulation entre en vigueur.

Manque d’imagination, maintien des pouvoirs corrompus au service d’une bourgeoisie, seule bénéficiaire du néo- libéralisme qui sévit depuis de nombreuses années dans le pays, le pouvoir bolivien a besoin d’un profond renouvellement. Pour cesser de tourner à vide, comme un disque rayé.

Brigitte Verdière
18 décembre 2001


Observatoire géopolitique des drogues : http://www.ogd.org/

Suivre l’actualité : http//www.lostiempos.com

Chroniques Nomades : http://www.chroniques-nomades.net

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