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Même si la guerre en Irak accapare nos médias, il n'est pas nécessaire de rappeler qu'il y aura des élections provinciales au Québec, le 14 avril prochain. Alors que les syndicats, bon gré mal gré, sont au coeur de cette campagne électorale, les dernières semaines ont connu leur lot de promesses électorales de toutes sortes. Le milieu syndical n'est pas dupe des manœuvres de séduction des partis politiques et demeure sceptique ou, du moins, prudent face aux déclarations des dernières heures. À l'instar de la dernière élection en France, il y a avait des lustres que l'on n'avait pas assisté à une campagne qui interpelle autant les syndicats. Une montée de la droite de part et d'autre de l'Atlantique semble avoir un effet de levier sur les organisations syndicales qui se rendent visibles sur la tribune publique. Peut-on vraiment s'en plaindre?
Il est clair depuis le début de cette campagne électorale que l'Action démocratique du Québec (ADQ) a des comptes à régler avec la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ). En début de campagne, le chef de l'ADQ, Mario Dumont, a porté des attaques en règle contre le président de la FTQ, Henri Massé, notamment, en relation avec les résultats négatifs de la dernière année de la Caisse de dépôt et de placement du Québec. De plus, l'ADQ a déposé à deux reprises des plaintes auprès du Directeur général des élections pour faire cesser la distribution de dépliants de la FTQ auprès de ses membres. On peut tout de même se questionner à savoir pourquoi l'ADQ n'a pas agit de la même manière avec les documents de la CSN ou d'autres syndicats qui ont clairement affiché leur opposition à l'ADQ. Les plaintes portées par l'ADQ auprès du Directeur général des élections étaient à l'effet que la FTQ avait effectué des dépenses électorales illégales en publiant un dépliant sur les enjeux de la campagne électorale. Le juge Gratien Duchesne de la Cour supérieure a refusé, le 28 mars dernier, la demande d'injonction du Directeur général des élections du Québec visant à faire cesser la diffusion d'un dépliant de la FTQ défavorisant les candidats de l'ADQ. Cependant, le 9 avril, la juge Julie Dutil de la Cour supérieur a ordonné à la FTQ de cesser toute diffusion ou distribution de l'imprimé « Voter ADQ Un pensez-y bien - ADQ Danger » et de prendre toutes les mesures nécessaires pour que tous les exemplaires de cet imprimé soient retirés partout où le public peut y avoir accès. Le Directeur général des élections jugeait que les coûts de production et de diffusion constituaient, à son avis, une « dépense électorale » au sens de l'article 402 de la Loi électorale. En vertu des dispositions de cette même loi, seul l'agent officiel d'un parti ou d'un candidat peut faire ou autoriser des dépenses électorales. À ce jour, la FTQ n'a pas publiquement réagit aux plaintes portées par l'ADQ auprès du Directeur général des élections. Elle n'a pas, non plus, fait part de ses intentions quant au récent jugement qui l'oblige à retirer les documents jugés fautifs et distribués à des milliers d'exemplaires auprès de ses membres. À quelques jours des élections, il est toutefois probable que la victoire de l'ADQ dans cette plainte n'ait guère d'impact et que, comme le dénonce continuellement monsieur Dumont, tout ceci n'ait servi qu'à gaspiller inutilement les deniers publics.
Rappelons que la majorité des grandes organisations syndicales du Québec se sont prononcées en début de campagne contre le programme de l'ADQ et ont invité leurs membres à choisir un autre parti politique lors du vote du 14 avril prochain. Malgré qu'elle ait tenté de contrecarrer la question des bons d'études contenue dans le programme de l'ADQ, on remarque que la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) aura eu une approche moins tranchée que les autres centrales syndicales face à la montée de l'ADQ en tentant un exercice « objectif » dans l'analyse des programmes des différents partis. Si aucune centrale syndicale n'a clairement précisé à ses membres à quel endroit mettre leur X sur le bulletin de vote, ils ont fait savoir où ne pas le mettre. De plus, il est évident que certains bilans syndicaux plutôt favorables aux actions du Parti Québécois (PQ) au cours de son dernier mandat pourraient être interprétés comme une prise de position. Il est aussi à noter que, de façon sporadique, quelques sections syndicales locales ou régionales ont apporté leur appui officiel à certains candidats des autres partis politiques en lice, notamment à l'UFP et au PLQ. La Confédération des syndicats nationaux (CSN) aura sûrement été parmi les plus actives sur la scène médiatique durant cette campagne électorale. En plus d'avoir régulièrement interpellé les candidats et les candidates des partis politiques sur les dossiers qui la préoccupent, la CSN a surtout mis l'accent sur sa campagne d'information concernant le « Vote utile et stratégique à la CSN ». N'ayant pas, contrairement à la FTQ, à vivre sous la menace d'une injonction, Claudette Carbonneau, présidente de la CSN mentionne « Dans ce contexte, la CSN propose donc un vote utile et stratégique sur les bases suivantes : d’abord ne pas voter ADQ dans aucune des 125 circonscriptions du Québec ; ensuite, tenir compte de la conjoncture électorale comme telle dans chaque circonscription de façon à ne pas favoriser l’élection d’une candidature ADQ dans la circonscription où s’exerce notre droit de vote individuel ; enfin déterminer quel parti appuyer en s’inspirant de la plate-forme élaborée par la CSN dans le cadre de la présente élection. » Précisons que la CSQ et le SFPQ ont aussi interpellé et suivi de très près les assemblées tenues par les différents partis politiques.
Il est assez contradictoire d'entendre le chef de l'ADQ, Mario Dumont, s'attaquer continuellement aux organisations syndicales, traiter les fonctionnaires de bande de « tablettés » et tenter de mettre fin à la distribution de dépliants syndicaux alors qu'un groupe de candidats et de candidates adéquistes (tous des ex-syndicalistes) mettent en ligne un site Web (hors du site officiel de l'ADQ) sous le nom évocateur de Syndiqués pour l'ADQ. Le site Web affirme que l'ADQ respecte les syndiqués et désire défendre leurs droits. Allez donc comprendre quelque chose à ça! Il est à parier qu'il faudra bien plus qu'un site Web et des beaux discours pour ramener l'harmonie entre l'ADQ et les syndicats. Outre la guerre ouverte entre Mario Dumont et les centrales syndicales, les candidats de l'ADQ ont rencontré des opposants féroces dans les régions. Au Saguenay-Lac-St-Jean, le candidat de l'ADQ, Réjean Laforest, ex-dirigeant syndical pour les travailleurs de l'aluminium (FSSA), a reçu des critiques sévères du président du conseil régional de la FTQ, monsieur Jean-Marc Crevier (aussi un ex-dirigeant de la FSSA). Toutefois, il faut savoir que monsieur Laforest et monsieur Crevier n'ont jamais fait leur lit ensemble et que la campagne électorale aura probablement ravivé une adversité connue de tous depuis fort longtemps. Dans la région de Trois-Rivières, les candidats adéquistes ont tenté une réconciliation avec les syndicats FTQ. Lors d'une rencontre entre l'équipe des candidats de l'ADQ de la Mauricie et l'exécutif régional de la FTQ, les représentants des deux organisations ont eu l'occasion d'échanger sur leur vision mutuelle du Québec et de la place des syndicats. L'histoire ne dit pas si l'exercice a été couronné de succès.
Plutôt que de provoquer une confrontation ouverte avec les fonctionnaires, le Parti Québécois (PQ) et le Parti Libéral du Québec (PLQ) ont préféré se critiquer l'un l'autre face à leur programme respectif qui demeure nébuleux quand au rôle et à la taille de l'État. D'ailleurs, les deux partis, qui sont actuellement nez à nez dans les sondages, semblent plutôt vouloir courtiser leurs futurs employés avec qui ils devront négocier les nouvelles conventions collectives très bientôt. Toutefois, les syndicats de la fonction publique n'ont pas mordu à l'hameçon! Les deux chefs Landry et Charest ont tenu une campagne très active dans la Ville de Québec où se retrouve la grande majorité des fonctionnaires provinciaux. Ils ont tenté de rassurer les fonctionnaires concernant la diminution de la taille de l'État qui devrait se faire par attrition naturelle suite aux nombreux départs à la retraite. Monsieur Charest, chef du PLQ, a même promis une grande fonction publique pour 2008. Notons que monsieur Charest n'a pas fait sa campagne sur le dos des fonctionnaires et qu'il a mentionné que la fonction publique devrait se pencher sur la question de rétention de ses employés devant une pénurie de main-d'oeuvre qui ne tardera à causer des maux de tête aux gestionnaires publics. Monsieur Charest a aussi mentionné qu'il aurait l'argent nécessaire pour réaliser l'équité salariale et les augmentations salariales des prochaines négociations. De son côté, le chef du PQ, Bernard Landry a affirmé, en entrevue radiophonique, que les gestionnaires du domaine public font tout aussi bien, sinon mieux que ceux du secteur privé, qu'il s'agisse de gestion de la santé ou de l'administration publique en général. Les syndicats demeurent toutefois sceptiques et craignent qu'ils ne s'agissent que de belles promesses électorales. D'une part, selon le SFPQ, les changements technologiques amorcés par le PQ menacent un emploi sur trois dans certains ministères. Par ailleurs, le SFPQ s'inquiète du refus du PQ de diffuser le rapport de l'ex-président du Conseil du Trésor, monsieur Joseph Facal, sur la modernisation de l'administration publique qui prévoit une diminution de la taille de l'État. Selon le SFPQ ce rapport aurait été mis sous le tapis pour la période électorale. D'autre part, le SFPQ appui ses craintes en prenant exemple des quelque 250 coupures de postes que s'apprête à faire le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale dans l'ensemble de son réseau. Le SFPQ rappelle que cette mesure draconienne ne serait pas étrangère aux compressions de l’ordre de 400 millions de dollars annoncées lors du dernier budget Marois. De plus, Michel Sawyer, président du SFPQ, a critiqué le manque de précision dans les déclarations du PLQ quant à la taille de l'État. Le SFPQ mentionne que le gel des budgets des ministères, annoncé par le PLQ, représente une diminution du nombre des effectifs, un accroissement de la charge de travail ainsi qu’une diminution des services à la population. Monsieur Sawyer ajoute « Il est inconcevable que l’on perpétue la ritournelle qui demande aux salariées et salariés de l’État de faire toujours plus avec moins. » Au sujet des « tablettés » dans la fonction publique, l'un des candidats de l'ADQ, Jean-Guy Lemieux, s'est fait prendre au mot lors d'une assemblée tenue à Québec cette semaine. Le candidat adéquiste a été bien embêté de répondre lorsqu'un membre du syndicat de la fonction publique lui a demandé s'il connaissait beaucoup de « tabletté » au gouvernement du Québec. Monsieur Lemieux a eu l'honnêteté d'avouer qu'il n'en connaissait aucun. Pour sa part, Mario Dumont de l'ADQ n'a pas abandonné son leitmotiv de « faire le ménage dans les tours à bureaux » de la fonction publique et continu malgré son insuccès d'employer le terme de « tabletté ». La répétition continuelle de ces termes inadéquats par monsieur Dumont suffit amplement à maintenir l'ire des organisations syndicales. Comment, d'ailleurs, ne pas y voir une attitude méprisante et ignorante envers les fonctionnaires? Par ailleurs, Mario Dumont aurait déclaré lors d'une brève rencontre avec la présidente de la CSQ, madame Monique Richard, qu'il s'indignait que le dossier de l'équité salariale ne soit pas encore réglé. Lors d'une allocution dans l’arrondissement Anjou, il a assuré les militantes et militants du secteur public de son appui pour la mise en application de cette loi. Cependant, le vice-président de la CSN, Louis Roy, qui agissait comme porte-parole du groupe, s’est montré sceptique face aux propos du politicien « étant donné qu’il s’est retiré de l’Assemblée nationale juste avant que la Loi sur l’équité salariale ne soit votée ». On sait que cette loi avait reçu l’appui unanime des députés présents. De plus, un sondage CROP mené en février dernier pour le compte de la CSN démontre clairement que la population du Québec appuie fortement le principe d’équité salariale afin que soit corrigée la discrimination salariale faite aux femmes. En effet, la quasi-totalité des répondants, soit 93 %, sont d’accord avec le principe d’équité salariale. De plus, 89 % d’entre eux sont d’accord pour que le gouvernement du Québec mette en priorité à l’agenda la question de l’élimination de la discrimination envers les femmes.
Le sujet « vedette » de cette campagne électorale demeure la conciliation travail/famille. Si tous les partis politiques s'entendent pour accorder plus d'importance et surtout de soutien aux jeunes parents, les mécanismes législatifs et administratifs qui devraient soutenir cette politique de conciliation travail/famille demeurent nébuleux. Particulièrement, la semaine de quatre jours ne fait, de toute évidence, pas consensus dans la forme organisationnelle qu'elle devrait prendre et encore moins sous sa forme législative. Alors que le chef du PLQ, Jean Charest, a réclamé à cor et à cri les études du PQ sur la semaine de quatre jours. Le PQ a annoncé son intention d’élargir la loi-cadre sur la conciliation famille-travail afin d’étendre la semaine de quatre jours aux employés dont un proche parent nécessite leur présence de façon soutenue et régulière pour des raisons graves. Le PQ ajoute « La loi sur la conciliation famille-travail sera la première législation de notre gouvernement. Nous allons non seulement modifier la Loi sur les normes du travail pour faire passer de deux à trois le nombre minimal de semaines de congés payés, mais la loi-cadre sur la conciliation famille-travail sera la plus inclusive possible. » On peut continuer de se demander pourquoi le PQ n'a pas profiter pour faire ces amendements de la récente révision des normes du travail adoptée en décembre 2002. Par ailleurs, quelques clics de souris nous apprend qu'il existe une série de documents disponibles concernant les projets péquistes de conciliation travail/famille sur le site Web du ministère Famille et Enfance. Les politiques de conciliation travail/famille actuellement prônées par les partis font craindre une discrimination accrue envers les familles les moins nanties. Le Comité des jeunes de la CSQ a d'ailleurs interpellé les trois partis politiques en lice dans la présente campagne électorale sur les mesures annoncées dans chacun des programmes en matière de conciliation famille/travail. Le Comité des jeunes CSQ se questionne « Les trois principaux partis politiques tentent de récupérer à leur avantage la question de la conciliation famille/travail, mais les mesures annoncées sont-elles accessibles aux jeunes et aux familles moins riches ? » Il a aussi souligné que plusieurs mesures comportent des risques importants d’accroissement de la précarité et de fragilisation des réseaux déjà existants. Par ailleurs, dénonçant les pratiques actuelles dans l'organisation du travail, les ambulanciers ont interpellé le Parti Québécois tout au long de la campagne électorale. Dans la région de Québec, le président des techniciens ambulanciers, Dino Emond, a dénoncé la priorité électorale de conciliation travail-famille du premier ministre Bernard Landry. « Avant de se lancer dans cela qu'il élimine d'abord les horaires de travail qui obligent les ambulanciers à être de service 24 heures par jour pendant sept jours d'affilée, ce qui mine considérablement leur santé » a déclaré monsieur Emond. Il est déplorable de voir que les partis politiques ont préféré se tirer la balle au sujet de la conciliation travail/famille plutôt que d'apporter des précisions sur leurs intentions dans ce dossier qui reste prioritaire mais nébuleux dans tous les camps. En fait, des politiques claires concernant la conciliation travail/famille et la semaine de quatre jours demeurent pour l'instant à l'état de bonnes intentions. On pourrait d'ailleurs noter que la campagne électorale est devenue assez morne du moment que les partis politiques ont commencé à se critiquer mutuellement et n'ont guère apporté d'éléments constructifs et complémentaires à leur propre programme.
Finalement, pour tout savoir...Je vous rappelle que vous pouvez suivre quotidiennement sur notre page Web spéciale les actualités de monde du travail en regard des élections provinciales. Vous retrouverez tous les hyperliens vers les articles de presse, les déclarations des partis politiques et des syndicats. Vous pouvez aussi consulter la liste des hyperliens utiles et les textes d'analyse précédents. Je vous invite à consulter la revue de presse spéciale pour avoir les réactions syndicales suite aux résultats des élections du 14 avril prochain. |
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Pendant que la campagne électorale se déroulait au Québec, la planète n'a surtout pas arrêté de tourner. Heureusement, d'ailleurs!
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