Vous le constatez comme moi, le temps passe vite! Depuis mes premiers balbutiements timides, voilà déjà plus de cinq années que je navigue sur l'Internet.
De par la mission d'information du Site du monde du travail, j'ai eu le privilège d'être témoin de l'expansion phénoménale du volet syndical et militant du cyberespace.
Afin d'accompagner le lancement de notre sondage en ligne (voir ci-dessus), je vous livre ma réflexion et mon appréciation de l'état des lieux de l'Internet syndicaliste.
Il s'agit, bien évidemment, d'un regard personnel sur le phénomène et de constats que j'ai tirés de ma propre expérience de navigation et de développement de sites Web.
Toutefois, comme je le dis parfois, je crois avoir acquis mes cartes d'apprenti du cyberespace et les heures que j'ai passé dans l'univers syndical sur Internet se comptent par milliers.
Je vous laisse donc juge de ma réflexion et vous invite à me communiquer vos réactions et vos commentaires.
Du site artisanal à la haute technologie
Comme pour tout autre domaine, au début les sites Web des syndicats étaient épars et, pour la plupart, modestes et artisanaux.
Dans les dernières années, l'évolution technique et le nombre de sites syndicaux en ligne ont connu une explosion fulgurante.
Quoiqu'il persiste des inégalités et des différences dans les stratégies de déploiement des diverses organisations,
on peut sans se tromper dire que le syndicalisme a réussi son mariage avec l'Internet.
À tout le moins dans une première phase d'appropriation, soit par la présence de sites Web et l'offre de contenus pertinents.
Mais encore... où sont-ils?
Combien y a-t-il de sites Web syndicaux dans l'Internet? Bien malin celui qui pourrait avancer un chiffre exact!
À vrai dire, ceux-ci se comptent par milliers.
Malgré cette multitude, le chercheur d'information syndicale doit faire face à un problème classique de l'Internet «Il devient parfois infernal d'y trouver ce que l'on cherche».
Le réseau de l'Internet syndical, si on peut l'appeler ainsi, souffre des mêmes problèmes que l'ensemble du cyberespace.
Les nombreux changements de noms de domaine et d'url, l'absence d'inscription dans les moteurs de recherche de plusieurs sites
et, malheureusement, les mauvaises programmations font en sorte qu'un inventaire exhaustif s'avère impossible.
Si on peut affirmer que le syndicalisme s'est bel et bien approprié le cyberespace, on constate, là comme ailleurs, un chaos difficile à cerner.
Par ailleurs, on peut observer qu'une grande partie des organisations centrales ont eu la bonne idée d'adopter des noms de domaine faciles à repérer (par exemple : www.csn.qc.ca, www.ftq.qc.ca, www.cgt.fr, www.cfdt.fr).
D'autre part, les politiques restrictives d'attribution des noms de domaine, conçues davantage pour l'entreprise privée, ont parfois donné du fil à retordre aux sections régionales et locales.
On se rappellera aussi que l'extension de nom de domaine .union propre aux organisations syndicales, que la CISL avait tenté de faire adopter, n'a pas été retenue par "Internet Corporation for Assigned Names and Numbers" (ICANN) .
On constate aussi que, si les grandes organisations ont tous leur nom de domaine, il existe encore des centaines, voire des milliers, de petites organisations régionales et locales qui gèrent des sites Web sur ce qui est commun d'appeler des pages perso.
Outre la généralisation de la présence syndicale sur le Web, on observe une diversité dans les politiques et les cultures organisationnelles qui influencent, sans aucun doute, le déploiement des sites syndicaux.
Sans remettre en question les notions sacro-saintes d'autonomie et de diversité des approches syndicales,
permettez-moi de me questionner sur une absence remarquée de leadership de plusieurs grandes centrales à développer des services de soutien technique pour leurs affiliés, tels que des espaces d'hébergement, le partage de nom de domaine, des formations au développement de sites, etc.
À ce chapitre, la question des coûts liés au développement et à la maintenance de sites Web est très souvent invoquée par les petites et moyennes organisations syndicales absentes (ou peu présentes) sur le Web.
Pourtant, il est aujourd'hui facilement démontrable qu'il serait très économique de favoriser les regroupements de services et le partage des ressources financières, techniques et humaines.
Malgré cela, il semble que nous devrons faire face à un large chantier d'argumentations pour convaincre des avantages de la mise en commun des ressources sans pour autant compromettre l'autonomie et la diversité des organisations.
Il est à noter que cette lacune de mise en commun des ressources n'est pas propre au milieu syndical.
Une étude rendue publique la semaine dernière par Communautique démontre, qu'au Québec, le parc informatique et le déploiement Internet des groupes communautaires pourraient être qualifiés de lamentables.
On déplore évidemment que le manque de ressources financières, de plus en plus alarmant dans les organisations communautaires, fasse en sorte que les projets de déploiement Internet soient mis au rancart.
Toutefois, ici non plus, il n'émerge pas de volonté claire quant à un organisme "fédérateur" qui offrirait des services regroupés et surtout plus économiques.
Des continents oubliés
Il faut, malheureusement, mettre un bémol sur cette expansion phénoménale des sites syndicaux puisque le développement de l'Internet syndicaliste compte plusieurs absents
dans le continent Africain et de façon moindre en Amérique latine.
Évidemment, les difficultés économiques et la simple accessibilité à la syndicalisation dans plusieurs pays africains ne sont pas étrangères à l'absence de ceux-ci dans le cyberespace.
D'autre part, les sites présents sur le Web, comme celui de la centrale syndicale COSATU en Afrique du Sud, tente de pallier à ce manque de visibilité d'un continent entier en offrant un contenu moins hermétique, que les organismes des autres continents, aux organisations syndicales extérieures.
En Amérique latine, où les sites syndicaux sont presque uniquement unilingues (espagnol ou portugais), la présence syndicale sur le Web demeure inégale d'un pays à l'autre.
On voit par exemple de grandes centrales syndicales ne pas tenir à jour leur site Web depuis plusieurs mois.
D'autre part, on assiste à des projets innovateurs tels que celui de la formation à distance initié par l'ACTRAV de l'Organisation internationale du travail (OIT) (voir la description ci-dessous).
Les situations politique et économique jouant un rôle important, comme pour l'Afrique, certains pays n'apparaissent tout simplement pas sur la carte du cyberespace syndical.
Le multilinguisme en développement
Au chapitre de l'utilisation des diverses langues, ce n'est une surprise pour personne de constater que l'anglais domine sans aucun doute le territoire Internet.
Cependant, on doit admettre que la majorité des grandes organisations internationales comme la CISL, l'OIT ou la CMT ont des sites Web multilingues.
Par ailleurs, si la francophonie est bien représentée sur Internet, force est de constater que plusieurs secrétariats professionnels internationaux favorisent encore l'anglais dans la majorité de leur contenu sur le Web.
Il faut noter que, de plus en plus, ces derniers publient des sections multilingues qui demeurent, cependant, relativement incomplètes dans plusieurs cas.
De plus, il est étonnant de voir un site "fédérateur" comme Global Union n'offrir aucun volet de son site en d'autres langues que l'anglais.
Quoique cet état de fait tende à se corriger, je suis aussi toujours un peu interrogée lorsque des sites, comme l'Observatoire européen des relations de travail, publient en anglais seulement des communiqués ou des rapports qui proviennent, par exemple, de la France.
D'autre part, on trouve beaucoup des sites nationaux qui offrent des versions multilingues de leur site.
Par exemple, en Belgique, sur le site de la FGTB vous pourrez naviguer en quatre langues différentes.
Au Canada, quoiqu'il existe quelques exceptions, les centrales syndicales pancanadiennes n'ont d'autre choix que d'offrir des sites bilingues en français et en anglais.
Aussi, on trouvera souvent une section anglophone dans des sites situés en Allemagne, en Corée du Sud ou au Japon et dans plusieurs autres pays non-anglophones.
Évidemment, les Américains font bande à part avec un unilinguisme anglophone généralisé malgré de fortes concentrations de la population hispanophone.
Quant à notre belle langue française, il serait difficile de pointer du doigt les syndicats à titre de mauvais utilisateurs alors que notre gouvernement canadien met en ligne des textes donc la fréquence des fautes lui mériterait un zéro à la dictée de Bernard Pivot.
Au Québec, on constate sur les sites syndicaux une préoccupation pour le mot "zuste" et les anglicismes sont généralement proscrits des communications sur le Web comme ailleurs.
D'ailleurs la préoccupation pour la langue française dans le milieu syndical québécois nous vaut d'avoir des magazines spécialisés sur la question.
Notons ici, la revue "La force des mots" publiée par la Confédération des syndicats nationaux (CSN),
ainsi que le bulletin "Travailler en français" de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ).
Cette préoccupation est moins évidente en France où les anglicismes se retrouvent plus facilement dans le contenu des sites syndicaux.
Particulièrement dans les termes cybernétiques, par exemple, il n'est pas rare de voir le bouton de courriel arborer un joyeux "e-mail".
La quantité et la qualité des contenus
Je vous dirais qu'il y a presque autant de manière de présenter l'information qu'il y a de sites Web syndicaux.
Ici, on perçoit une nette évolution, alors que les sites syndicaux de première génération semblaient s'adresser particulièrement à leurs membres et mettaient beaucoup l'accent sur la présentation
de leur structure, leur fonctionnement interne ou les processus d'adhésion.
Le site syndical "d'aujourd'hui" est beaucoup plus axé sur la communication avec l'extérieur.
L'actualité et les dossiers chauds sont habituellement bien mis en vedette et facilement accessibles, ce qui s'avère un point fort pour la transmission du message syndical.
S'il persiste des tours de Babel où l'on se demande comment on peut réussir à être aussi méli-mélo,
on peut dire qu'en grande majorité les sites syndicaux, malgré des moyens souvent modestes, sont bien construits et offrent une information pertinente.
D'ailleurs, la majorité des sites syndicaux ne sont pas avaricieux de leur information qu'on retrouve en abondance.
Plusieurs d'entre eux possèdent un moteur de recherche interne qui facilite l'accès des contenus.
On constate aussi une préoccupation de plus en plus grande pour une mise à jour très ponctuelle de l'information.
Autre point fort du syndicalisme, les magazines, journaux et lettres d'information des syndicats se retrouvent souvent entièrement disponibles sur le Web.
Seule petite ombre à ce tableau, certaines organisations auraient avantage à porter une attention particulière pour éviter un langage trop hermétique où, par exemple, la multiplication des sigles rend parfois incompréhensible la lecture d'un texte par le commun des mortels.
La convivialité et l'esthétisme
De façon générale, les sites syndicaux affichent une bonne réponse sous tous les navigateurs et leurs différentes versions.
Cette convivialité est surtout due à une programmation conservatrice simple et dépouillée d'artifices technologiques.
Toutefois, sans qu'il soit question de normalisation à grande échelle, quelques sites syndicaux auraient intérêt à faire attention aux diverses modes technologiques qui passent rapidement et exigent de l'internaute une fréquente mise à niveau de ses outils de navigation.
Épater la galerie avec des technologies sophistiquées, c'est bien beau! Mais cela répond-il vraiment aux objectifs d'un site syndical?
Sans pour autant renoncer à l'esthétisme, qui soit dit en passant est extrêmement bien soigné dans plusieurs sites syndicaux,
il faut, à mon humble avis, renoncer à s'inscrire dans la catégorie des "flacheux gadgets" du Web ou encore tenter d'atteindre le record Guiness de plus long temps de téléchargement.
Les technologies sophistiquées mais hautement compatibles (oui, oui, ça existe) devraient, avant tout, être réservées aux outils stratégiques comme nous le verrons un peu plus loin.
Finalement, si je peux me permettre encore quelques critiques sans me faire tirer des tomates, il faut noter chez encore trop de sites syndicaux une faiblesse dans la navigation interne.
Je m'empresse toutefois de préciser que cette carence technique n'est pas propre aux syndicats mais bien déplorable dans une multitude de sites de tout acabit.
Ce manque se traduit par une économie à outrance des hyperliens de navigation interne souvent causée par l'utilisation de cadres "frame".
Les gestionnaires de sites (syndicaux ou pas) oublient parfois qu'environ 50 % de leur clientèle arrivera chez eux par un moteur de recherche et entrera par un autre endroit que la page d'accueil.
Aussi rendre les internautes inutilement captifs dans leur navigation relève plus de la stratégie commerciale que syndicale et devrait être évitée par tous les moyens.
Laissez-nous un message!
Sauf de rares exceptions, d'ailleurs peu compréhensibles, on peut dire que les organisations syndicales se rendent facilement accessibles via leur site Web.
Les accès aux courriels des dirigeantes et des dirigeants ainsi que les coordonnées de ceux-ci sont habituellement faciles à trouver.
L'offre d'inscription à des listes de diffusion est, par ailleurs, moins fréquente.
Les forums de discussion ou les "chats" ouverts au grand public sont encore plus rarissimes.
Évidemment, ces technologies exigent d'en faire la gestion ce qui laisse entendre que certaines organisations syndicales n'auraient peut-être pas encore accordées toutes les ressources nécessaires
pour une réelle appropriation des moyens de communication sur Internet.
D'autre part, n'étant pas moi-même très amateure de ces moyens de communication sur Internet,
il faut dire à la décharge des organisations syndicales que le forum de discussion grand public comporte des risques de dérapage des commentaires qui rendent rébarbative son utilisation.
En outre, je m'abstiendrai de faire la nomenclature des futilités que l'on retrouve sur les "chats" et qui justifient à elles seules la réticence de plusieurs organisations.
L'utilisation des outils stratégiques
Après l'appropriation du site Web où l'on offre une information relativement statique, on assiste depuis environ un an à un déploiement de l'utilisation des outils stratégiques en soutien aux actions syndicales sur le Web.
Pétitions, envois de courriels, sondages et formation en ligne sont autant de moyens en pleine expansion dans le milieu de l'Internet syndicaliste.
Aussi, on aperçoit de plus en plus de sections réservées aux membres des syndicats.
Tous ces moyens techniques additionnels confirment que les organisations syndicales ont acquit la conscience des rôles multiples que doit jouer l'Internet à titre d'outil syndical.
Conclusion
Ce rapide tour d'horizon du développement de l'Internet syndicaliste démontre, je crois, une bonne santé générale du réseau mondial.
Quoiqu'il demeure encore beaucoup de progrès à faire, en particulier, pour les pays pauvres et la présence des sections régionales et locales,
on peut, sans se tromper, avancer un bilan positif du déploiement de l'Internet syndicaliste.
Évidemment, plusieurs questions demeurent concernant la relation du syndicalisme cybernétique avec les employeurs.
Par exemple, l'utilisation des réseaux "intranet" des entreprises par les syndicats, ou encore, l'utilisation des noms ou des sigles des entreprises dans le nom de domaine des unités syndicales liés à une entreprise.
Aussi, les rôles que devront jouer les syndicats dans l'avenir en regard de nouvelles technologies en milieu de travail.
Comment les impacts des NTIC dans l'organisation du travail agiront sur les conditions de travail et la syndicalisation.
L'appropriation des nouvelles technologies par les effectifs des syndicats, je pense ici plus particulièrement à des achats regroupés de matériel informatique, des formations adaptées concernant la surveillance électronique en milieu travail, et bien d'autres aspects
pour lesquels les syndicats sont déjà interpellés.
Pour votre boîte à outils, quelques exemples d'outils stratégiques à consulter :
(À noter qu'il ne s'agit pas d'un inventaire puisqu'il existe actuellement des centaines de modèles d'outils stratégiques utilisés par les syndicats sur le Web.)
Section réservée : Site privé intranet des Métallos. Seulement les membres et les permanent(e)s du syndicat peuvent utiliser ce site
La formation à distance testée en Amérique latine :
Des experts syndicaux d'Argentine, du Brésil, du Chili et d'Uruguay ont travaillé pendant plus de deux mois
dans leur pays respectif et derrière leurs ordinateurs dans le cadre d'un projet pilote de formation à distance
portant sur "le cycle du travail et la santé". Organisé par ACTRAV, le centre international de formation
(Cinterfor) et l'équipe multidisciplinaire de Santiago, le projet avait mis à la disposition des participants une
salle de réunion virtuelle sur le site web d'ACTRAV à partir duquel ils pouvaient échanger leurs idées et
exprimer leur point de vue sur le matériel didactique préparé sur CD-Rom. Réunis du 7 au 9 mai à Montevideo,
les participants ont émis toute une série de propositions permettant une utilisation plus efficace des nouvelles
technologies dans la formation syndicale sur la santé et la sécurité et son intégration plus poussée dans le
travail quotidien des syndicats.
Votez pour le détaillant «sweatshop» de l'année! -
Un concours en ligne sur le site de Maquila Solidarity. Alors que le Conseil canadien du commerce de détail
s'apprête à remettre son prix au «détaillant de l'année» à une autre de ses compagnies favorites, le Maquila
Solidarity Network (MSN) s'apprête pour une deuxième année consécutive à remettre son prix au «détaillant
sweatshop de l'année» pour son utilisation des ateliers de misère.
La campagne de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) pour contrer le travail des enfants vous offre de signer une pétition en ligne.
Au printemps, la Confédération générale du travail (CGT) en France lançait une grande consultation nationale en ligne auprès de ses membres sur les régimes de retraite.
Lors de campagne ciblée, plusieurs syndicats mettent à la disposition de leurs membres du matériel promotionnel sur leur site Web.
Par exemple, la CISL dans le cadre de la Campagne Des droits pour tous!
offre de télécharger les textes de la déclaration, des affiches et même des fonds d'écran.