Manifestations anti FMI : les syndicats argentins mettent le modèle
économique néo-libéral en cause
Un texte de Brigitte Verdière du 24 janvier 2001
Grèves et actions à répétition contre les concessions faites au FMI pour
l’obtention d’un prêt de quelque 40 milliards de $US secouent l’Argentine
depuis un an. Les syndicats et la population mettent en cause le modèle
économique néo-libéral imposé par le gouvernement De la Rúa.
Le 18 décembre, le Fonds monétaire international (FMI) a décidé d’accorder à l’Argentine 39,7 milliards de
USD de prêts sur trois ans : 13,7 milliards du FMI lui-même ; 10 milliards
des banques locales ; 3 milliards des fonds de pension. La Banque
Interaméricaine de développement (BID) et la Banque Mondiale accorderont 2,5
milliards chacune et le gouvernement espagnol offrira 1 milliard de USD.
La condition majeure assortie à ces prêts est la réduction de la dette publique.
Deux jours plus tard, face au Ministère de l’Économie, quelque 55 000
manifestants (15 000 selon la police) se réunissaient à l’appel de la
Centrale Générale des Travailleurs (CGT) officielle. Cette aide «ne sert à
rien s'il n’y a pas de croissance, cela servira seulement à garantir aux
créanciers qu’il y a de l’argent pour payer la dette extérieure et pour
soutenir la convertibilité de la monnaie» a dit le secrétaire général du
syndicat, Rodolfo Daer. Avant d’inviter les journalistes à filmer les
manifestants «pour que ceux du FMI, de la Banque Mondiale les voient et
sachent que le peuple ne veut pas vivre dans la pauvreté et marginalisation».
Potion amère
En septembre dernier, Attac et le Tribunal Éthique sur la dette extérieure
de l’Argentine, écrivaient : «Alors que 55 enfants meurent faute
d’alimentation et de soins appropriés, chaque jour 33 millions de dollars
extraits des richesses produites par notre pays sont versés à l’étranger au
titre de la dette extérieure.» Le Tribunal évalue à plus de 110.000
millions de dollars américains la somme que quelques Argentins ont détournée
vers l’étranger.»
L’Argentine connaît sa pire récession depuis dix ans. Le chômage est de 15
%, la croissance du PIB ne dépasserait pas 1% en l’an 2000, contre 4% dans
la région et le pays est endetté à hauteur de 15,3 milliards de USD. Pour
réduire le déficit des finances publiques, le gouvernement s’est attaqué aux
salaires de la fonction publique et a augmenté les impôts.
Fin décembre, le Président De la Rúa a promulgué un décret d’urgence lui
permettant d’adopter les dernières mesures : augmentation de l’âge de la
retraite pour les femmes de 60 à 65 ans et réduction des allocations
sociales et de santé. À cela s’ajoute un projet de loi du travail qui
entérinera une réforme syndicale, afin de revoir les conventions collectives
et de réduire le monopole des syndicats agréés, notamment dans le domaine
des oeuvres sociales qu’ils administrent.
Contestations à répétition
Toutes ces mesures ont été contestées dès leur annonce. Depuis son élection
en décembre 1999, De la Rúa a essuyé plus d’actions de contestation que tous
ses prédécesseurs!
En novembre, toutes les centrales (CGT officielle, CGT dissidente, la
Centrale des Travailleurs Argentins (CTA), avec le soutien du Parti
Justicialiste de l’ancien président péroniste Carlos Menem et le Front pour
un Pays Solidaire (Frepaso) ont lancé une grève qui a paralysé le pays
pendant 36 heures. Son thème était la contestation la politique économique
du Président Fernando De la Rúa et du de la privatisation du système de
santé.
Au cours du premier semestre 2000, les syndicats, alliés à d’autres
composantes de la société civile (étudiants, ONG), ont lancé plusieurs
actions : grèves mais aussi actions plus radicales. Nommées « puebladas »,
elles sont suivies par la population qui dénonce, à sa manière, ses
souffrances. Souvent violentes, elles consistent en occupations et coupures
de routes, mises à sac de supermarchés. Elles sont durement réprimées.
Politique et réforme syndicale
La politique n’est jamais absente des débats. En novembre dernier, quand le
gouvernement central a voulu imposer le gel des dépenses sociales aux
provinces, les provinces contrôlées par les péronistes (qui contrôlent aussi
le Sénat) ont refusé de signer.
Les anciens dirigeants sont pourtant en grande partie responsables de la
situation actuelle. Dépenses incontrôlées, fuite de capitaux ont marqué le
«règne» Menem. Certains analystes pointent aussi du doigt la corruption
généralisée née durant cette période et qui se traduit par un climat de plus
en plus mafieux.
Conduite par le camionneur Hugo Moyano, la CGT dissidente (non agréée)
invite à la création d’un Front national, social et productif avec des
politiciens, des entrepreneurs et avec la pastorale sociale de l’Église
catholique. Moyano veut offrir une véritable force de négociation contre la
politique économique actuelle.
La CGT dissidente a élaboré une réforme alternative à la loi promulguée par
le gouvernement l’an dernier. Le Congrès devrait l’examiner : la législation
l’oblige en effet à prendre en considération toute initiative proposée par au moins
1,5% du corps électoral. La réforme a recueilli des 45000 signatures.
Actions en vue
La plupart des centrales syndicales réclament une hausse du montant de la
retraite minimum et du salaire minimum vital. Elles exigent des mesures pour
améliorer les rémunérations et les allocations familiales, augmenter les
retraites et accorder des subsides pour les personnes privées d’emploi.
Début mars, la CGT officielle appelle à une nouvelle grève de 36 heures
contre toutes ces réformes. Même si les autres centrales ne la rejoignent
pas ce jour-là, l’année qui s’ouvre sera encore fertile en protestations.
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