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Restructuration musclée en vue au VénézuelaUn texte de Brigitte Verdière
Extrait de la Chronique de l'Itinérant électronique du 7 décembre 2000
Le référendum demandait aux électeurs s'ils étaient d'accord avec une refonte complète de la direction des centrales syndicales, laquelle refonte implique la suspension de l'activité des syndicats pendant une période de 180 jours (six mois). La réponse positive à cette question signifie donc une véritable mise à l'écart des syndicats et leur remplacement par une centrale unique. En ligne de mire du gouvernement se trouve la puissante Confédération des Travailleurs du Venezuela - CTV, qui regroupe 3 000 syndicats du pays. Après avoir intenté, en vain, des recours en justice contre la tenue de ces élections, la CTV avait appelé au boycott du référendum. Elle considère donc avoir été suivie. La Centrale a qualifié le scrutin d'«illégal» et décidé d'entamer elle-même une consultation interne pour nommer de nouveaux dirigeants. Les centrales sont en train de dresser des listes des affiliés. Le Président Federico Ramírez León souhaite que des membres de la société civile supervisent le processus, que la Commision Nationale Electorale (CNE) contrôle le vote ainsi qu'une commission regroupant toutes les tendances de la CTV. Federico Ramírez León attendra les résultats officiels, qui seront annoncés le jeudi 7 décembre, pour mener des actions visant à sauvegarder son droit à réaliser des élections démocratiques dans sa centrale. Une journée noire pour la liberté Même si l'on considère, pour expliquer l'absention, que les Vénézuéliens ont été beaucoup trop sollicités ces derniers mois (8 consultations depuis 1998 !) et que les élections municipales auxquelles étaient couplées le référendum sont toujours peu suivies, l'abstention a été particulièrement élevée*. Et dire, comme le Vice Président de la République, Isaías Rodríguez, que « Celui qui s'abstient n'est ni pour ni contre... Il s'abstient » tient plus de la lapalissade que de l'analyse. Déjà proposé en août, puis abandonné face la pression syndicale internationale, le référendum a, mobilisé contre lui les fédérations syndicales mondiales. La CISL a dépêché la semaine dernière son secrétaire général Bill Jordan à Caracas pour rencontrer plusieurs personnalités du pays et les prévenir des atteintes aux règlements internationaux. La CISL et la CTV estiment que le référendum viole les conventions de l'OIT que le Vénézuela a signées et menace la liberté pour les travailleurs de joindre les syndicats de leur choix. Il est contraire aux articles 95, 96 et 97 de la Constitution vénézuélienne qui garantissent la liberté syndicale, le droit de grève et la liberté contractuelle. La CISL a enjoint tous les gouvernements du monde à isoler le Vénézuela dans leurs relations économiques et se dit prête à entamer une procédure contre le Vénézuela devant les instances internationales. « C'est une journée noire pour la liberté » a commenté, une fois les résultats connus, Gilbert Brown, vice-président de l'Organisation Régionale Interaméricaine des Travailleurs (ORIT). Manuel Simón, directeur du Bureau des Activités pour les Travailleurs de l'OIT, a affirmé que cela lui rappelle « les moments de la dictature franquiste, qui avait aussi créé une organisation syndicale » et le chef de l'opposition Francisco Arias Cárdena, a parlé de désespérance des électeurs face à un « processus anticonstitutionnel ». Pour avoir déchiré son bulletin de vote devant les caméras et les journalistes, l'ex-candidat à la présidence pourrait être accusé de ... destruction de matériel électoral ! Un Président populiste L'acte serait risible s'il ne dénotait les tendances de plus en plus despotiques du gouvernement actuel. Réélu le 30 juillet dernier, le Président Chavez (Pôle patriotique - PP) mène une politique populiste, basée sur des référendums. Dans un pays où près de 60 % des travailleurs travaillent pour le secteur informel de l'économie et où 80 % de la population souffre de pauvreté, redresser l'économie devrait être une des tâches principales du gouvernement. Or, malgré des prix du brut en hausse, l'économie va mal. Président de l'OPEP, Chavez souhaite encadrer l'économie et avoir les mains libres pour agir. En octobre, les syndicats ont déclenché une grève à la Petroleos de Venezuela, une compagnie d'État qui emploie 40 000 travailleurs. Chavez en a changé le responsable, qui est désormais le Général Guaicaipuro Lameda. Le Président Chavez a publiquement traité les partis politiques traditionnels, la presse, l'Église catholique et les syndicats de " rance oligarchie ". Il a annoncé vouloir en finir avec " la dictature syndicale au Vénézuela " et d'une manière beaucoup plus crue, a prévenu : "À chaque cochon, son dimanche", une expression qui signifie que chaque porcelet finit égorgé. L'allusion au sort réservé aux syndicats est claire! Cette politique jusqu'auboutiste pourrait toutefois de se retourner contre lui. Plusieurs milieux d'affaires, particulièrement étasuniens, ont prévenu qu'ils n'investiraient plus dans un pays qui ne respecte pas les normes minimales du travail telles que définies par l'OIT. Même les détracteurs de la CTV, qui dénoncent la corruption de la centrale, estiment que le référendum est une erreur politique. Il aura pour effet de "Créer une centrale unique, ce qui est pire que la version cétéviste antérieure ", estime Froilan Barrios du Front Constitutionnel des Travailleurs dans une interview avec la Razon. La mesure de représailles contre la CTV va alors se retourner contre tous et ouvrir la porte au " poison interventionniste " note encore l'auteur. * En 1995, l'abstention aux élections municipales avait été de 54,2 %; PSI a lancé une campagne de protestation contre le référendum http://www.world-psi.org/
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