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Temps de travail en Europe : |
| septembre 2004
BelgiqueLes organisations syndicales belges s'apprêtent à mener une lutte acharnée pour contrer l'offensive de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) de ramener la semaine de travail de 38 à 40 heures sans majoration salariale. La réponse syndicale est claire « Revenir aux 40 heures ? Non merci ». Ce vent de changement serait originaire d'Allemagne. Dans un article intitulé « 40 heures - Travailler plus, gagner moins, vivre mal » du mois d'août 2004, la Centrale nationale des employés (CNE) de Belgique rapportait « Il y a quelques mois, face à une menace de licenciement, une petite unité de Siemens, en Allemagne, passait provisoirement à un régime de 40 heures par semaine. Certes, cela concernait 4 000 travailleurs sur les 160 000 du groupe, moins de 0,01 % des travailleurs allemands... mais ceci n’empêcha pas le patronat de plusieurs pays d’Europe de sauter sur l’occasion : l’heure était enfin venue de renverser la tendance historique de la diminution du temps de travail. En route vers les 40h, en attendant sans doute de revenir aux 48h ou aux 72h de nos aïeux ». La CNE remarque les nouvelles tendances en Allemagne, en France et en Italie où il est question de baisse des salaires, de diminution de la protection sociale, de chasse aux chômeurs, d'allongement des carrières (en français : baisse des pensions) et d'augmentation du temps de travail. Notons qu'en Allemagne, c'est en 1984 que la durée hebdomadaire du travail est passée sous la barre des 40 heures. En 2002, le temps de travail moyen en Allemagne se situait à environ 37,7 heures par semaine. Selon un sondage réalisé par le quotidien populaire allemand Bild, de plus en plus d'entreprises allemandes penseraient à rallonger la durée du temps de travail sans compensation financière. Les organisations syndicales belges ont de réelles raisons d'inquiétude. Comme le rapporte le bulletin d'information du Parti du travail de Belgique (PTB) du 20 août 2004, les ouvriers de Marichal Ketin, entreprise de Sclessin (Liège) ont rejeté, le 19 août dernier, la proposition patronale de réintroduire la semaine de 40h (actuellement 36) sans compensation salariale et de licencier la moitié des intérimaires, soit 10 intérimaires sur 20. « Les travailleurs en ont assez de toujours donner sans jamais rien recevoir en retour », a déclaré le délégué principal de la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB). « Nous ne voulons pas de régression sociale: pas question de toucher à notre salaire », a résumé Vincent Esposito, pour la FGTB. Comme le mentionne le PTB, les organisations syndicales n'ont pas l'intention de rester les bras croisés devant l'offensive patronale sur le temps de travail. Francis Gomez de la FGTB-Métal de Liège-Luxembourg a déclaré « La FGTB fera tout, sur tous les terrains, pour empêcher que l'automne 2004 ne soit, pour les travailleurs, un automne de régression sociale. Dans le cadre des négociations sectorielles, nous exigerons par contre une réduction du temps de travail afin de donner au plus grand nombre de travailleurs une raison d'espérer, de trouver un emploi, de fonder une famille. » Pour sa part, au début du mois d'août 2004, la Confédération européenne des syndicats (CES) a condamné l'appel à la prolongation du temps de travail hebdomadaire qu'elle juge opportuniste. Selon la CES, une semaine de travail de 40 heures n'est pas ce dont l'Europe a besoin. La CES ajoute « Une prolongation générale du temps de travail hebdomadaire ne résoudra pas le problème de l’emploi en Europe ; au contraire, il l’aggravera. Si elle n’est pas accompagnée d’une augmentation de 15% de l’offre et de la demande, une augmentation de 15% du temps de travail revient à mettre en péril un emploi sur sept. Il est difficile de voir d’où pourra bien provenir cette augmentation de 15% de la demande au niveau européen. Le résultat final sera une faible croissance, une croissance sans création d’emplois et une économie au bord de la déflation. » En juillet 2004, dans sa réponse à la seconde phase de négociations de la Commission européenne sur l’amendement de la directive de 1993 sur le Temps de travail, la CES n’a pas manqué de souligner sa déception au sujet du fait que la Commission n’ait pas repris à son compte les arguments avancés au début de cette année en faveur d’un renforcement de la législation. La CES regrette également le refus des employeurs européens de négocier sur la révision de la directive, mais elle reconnaît qu’il ne semble pas y avoir un terrain d’entente sur cette question. La CES a aussi rappelé à la Commission que le but de la législation de l’UE était de réduire et non d’allonger le temps de travail. Les syndicats ne sont pas opposés à une plus grande flexibilité ou à une modernisation des pratiques du monde du travail, mais ils n’accepteront plus un temps de travail plus long ou plus antisocial. Lire aussi : FranceEn avril 2004, un rapport parlementaire remettait en cause les 35 heures et provoquait de vives réactions des syndicats. Selon la CFDT, la philosophie générale du rapport est de déroger aux règles existantes, puis de déréglementer. Le texte propose ainsi d’instituer « la possibilité pour les accords d’entreprise de déroger aux dispositions des accords de branches, même préexistants », en matière de temps de travail. Pour la CFDT, cette nouvelle offensive anti-35 heures est musclée. Elle ne devrait pas avoir de lendemains, mais peut aussi mobiliser les opposants à la RTT. C’est pourquoi la CFDT entend « poursuivre son action pour la généralisation [des 35 heures], notamment dans les petites entreprises, et pour l’amélioration de l’organisation et des conditions de travail ». De plus, le président de la République a indiqué lors de son discours du 14 juillet qu'il fallait « permettre à ceux qui le souhaitaient de travailler plus ». Pour l'Union syndicale G10, les patrons ne s’y trompent pas et s’engouffrent dans la brèche. Plusieurs entreprises envisagent d’augmenter le temps de travail sans compensation salariale correspondante. Dans un communiqué du 28 juillet 2004, la CFDT rejette l’hypothèse de l’extension aux grandes entreprises des règles en vigueur dans les entreprises de moins de 20 salariés en matière de temps de travail et de majoration des heures supplémentaires. Cela encouragerait le développement des heures supplémentaires au détriment de l’emploi et conduirait à ce que les salariés travaillent plus pour gagner moins. C’est au contraire la généralisation de la RTT aux petites entreprises qui est nécessaire. Dans une entrevue pour Le Parisien, le 22 août 2004, François Chérèque a déclaré « La CFDT saura défendre les 35 heures ». Le secrétaire générale de la CFDT a ajouté « En matière d'assouplissement des 35 heures, la loi Fillon a déjà été au maximum des marges de manœuvres acceptables pour la CFDT. Il n'est pas question pour nous de revenir sur ce que le président Chirac a lui même qualifié d'acquis social. »
Lire aussi :
« Le chantage à l'emploi ne doit pas modifier les 35 heures », dans Libération, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, évoque ce matin les enjeux de la rentrée sociale, 30 août 2004. 35 heures : Ne pas laisser faire !, CFE-CGC - septembre 2004 |